La CEDH autorise l'accompagnement vers la fin de vie pour Vincent Lambert

La Cour européenne des droits de l'Homme a validé vendredi l'arrêt des soins de Vincent Lambert, constatant que l'arrêt du Conseil d'Etat français datant du 24 juin 2014 n'entrait pas en violation de la convention européenne des droits de l'Homme sur le droit à la vie. Vincent Lambert est plongé dans un état végétatif depuis 2008.

(Les juges de la Cour européenne des droits de l'homme ont estimé que l'arrêt du Conseil d'Etat ne violait pas la convention européenne sur le droit de vivre © Reuters/Vincent Kessler)

L'arrêt du Conseil d'Etat français autorisant l'accompagnement vers la mort de Vincent Lambert n'entre pas en violation de l'article 2 de la convention européenne des droits de l'Homme sur le droit à la vie. Voilà en substance le contenu de l'arrêt rendu vendredi par la Cour européenne des Droits de l'Homme (CEDH), qui a rejeté le recours des parents et de certains membres de la famille du trentenaire tétraplégique et dans un état végétatif depuis 2008. Une décision définitive qu'ils n'ont pas prise à l'unanimité (12 voix contre 5). 

Rachel Lambert a accueilli avec beaucoup d'émotion l'arrêt de la CEDH. "Il n'y pas de soulagement, il n'y a pas de joie à exprimer. Et pour reprendre une expression d'une des demi-soeurs de Vincent, on aimerait juste que sa volonté soit faite ".

"On aimerait que sa volonté soit faite", a commenté sobrement Rachel Lambert, la femme de Vincent, après l'arrêt de la CEDH
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"Un grand pas pour une certaine idée de la médecine de l'homme "

Rachel Lambert se bat depuis deux ans, au côté d'une partie des proches de son mari, pour obtenir le droit de l'accompagner vers la mort. Un droit qui lui avait été accordé par deux fois, la dernière par le Conseil d'Etat le 24 juin dernier, avant le recours des parents de Vincent Lambert devant les juges de Strasbourg. Vincent Lambert, plongé dans un état végétatif depuis 2008 et un accident de la route, avait exprimé selon son épouse le désir de ne pas subir d'acharnement thérapeutique. Comme le prévoit la loi Leonetti sur la fin de vie, une décision collégiale, prise entre ses médecins, avait lancé le processus d'arrêt des soins.

Le docteur Eric Kariger était à l'époque à la tête de cette équipe médicale, et il se réjouit de cette décision, qui selon lui va faire jurisprudence. "C'est probablement un petit pas pour Vincent Lambert et pour son épouse(...) mais c'est probablement au-delà de ça un grand pas pour notre humanité, pour une certaine idée de la médecine de l'homme, et pour cette médecine pour laquelle je suis engagé depuis 30 ans ". "Cette décision de la Cour européenne des Droits de l'Homme" , poursuit-il, "vient montrer les limites de notre médecine, mettre face à face ce droit à la vie auquel nous sommes tous attachés, mais aussi ce droit déontologique, humaniste, de ne pas faire subir à nos patients ce qu'on appelle l'obstination déraisonnable (...) Aujourd'hui on a un cadre législatif et judiciaire européen qui va venir renforcer les droits du patient, et protéger les médecins qui font correctement leur travail " .

"Un grand pas pour une certaine idée de la médecine de l'Homme", selon le Docteur Kariger, ancien médecin de Vincent Lambert
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Aujourd'hui, le docteur Kariger n'a plus la responsabilité de Vincent Lambert. Une autre décision collégiale devra donc être prise par l'actuelle équipe médicale. "La décision hier c'était la mienne, et bien évidemment elle ne s'impose à aucun professionnel de santé indépendant" , conclut-il.

"Nous ne laisserons pas assassiner Vincent Lambert"

Cette décision de la CEDH risque fort d'accroître le fossé qui s'est creusé au sein de la famille Lambert au gré des actions en justice, et qui a fait de cette querelle médiatique le symbole du débat sur la fin de vie, qui divise énormément en France.

A la sortie de l'audience, les avocats des parents de Vincent Lambert, sa mère Viviane en tête, ont qualifié de scandale cet arrêt.  "Ma pensée va à toutes les familles de personnes handicapées, qui aujourd'hui peuvent se sentir lésées et abandonnées par la cour, dans leur combat quotidien pour le bien-être de leurs proches" , a souligné Me Jean Paillot "Ceci , ajoute-t-il, est dramatique, ceci est scandaleux, ceci signifie qu'à compter d'aujourd'hui, une personne inconsciente n'est plus protégée par la convention européenne des droits de l'Homme. "

"Nous ne laisserons pas assassiner vincent Lamber", a déclaré Me Jérôme Triomphe, l'un des avocats de Viviane Lambert, la mère du patient
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Son confrère Me Jérôme Triomphe va plus loin encore dans ses propos. Pour lui, la CEDH "valide la possibilité de commettre des traitements inhumains et dégradants sur une personne vulnérable et sans défense ." Mais il a promis, avec Viviane Lambert à ses côtés, que le combat ne faisait que commencer : "nous ne laisserons pas quelques robes noires et blouses blanches mettre à mort Vincent Lambert (...) Nous nous battons pour qu'un innocent ne soit pas condamné à mort, nous ne laisserons pas assassiner Vincent Lambert ".