Intoxications aux champignons : "Au moindre doute, on ne le mange pas", alerte un mycologue du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris

L'Anses a enregistré plus de 250 cas d'intoxication aux champignons depuis août dernier. "Il faut se renseigner auprès des mycologues qui existent dans pratiquement tous les départements de France", indique ce vendredi un mycologue.
Article rédigé par France Info
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Le clitocybe de l'olivier est toxique. Il est souvent confondu avec la girolle qui, elle, est comestible. (JEAN-MARC LALLEMAND / MAXPPP)

"Au moindre doute" sur un champignon, "on ne le mange pas", a alerté vendredi 1er septembre sur franceinfo Guillaume Eyssartier, mycologue attaché au laboratoire du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, alors que l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) a recensé plus de 250 cas d'intoxication aux champignons depuis le 1er août. La météo pluvieuse dans plusieurs régions de France au mois d'août a favorisé la pousse des champignons, explique l'agence sanitaire, qui incite à la "vigilance".

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"Chaque année, nous avons des gens qui récoltent absolument n'importe quoi", déplore Guillaume Eyssartier qui constate "un phénomène de mode de retour à la nature". Selon lui, les cueilleurs "ne connaissent plus rien aux champignons", une méconnaissance due "probablement au déclin programmé de l'enseignement des sciences naturelles". Le mycologue pointe également le fait que "les jeunes pharmaciens ne sont plus formés à la mycologie" et appelle à la vigilance sur les applications pour smartphones qui "se trompent dans un nombre très considérable de cas".

franceinfo : Est-ce que vous constatez cette une recrudescence de cueilleurs pas toujours bien informés ?

Guillaume Eyssartier : Oui. Chaque année, dans les sociétés que j'anime et dans les sorties auxquelles je participe sur les champignons, nous avons des gens qui récoltent absolument n'importe quoi, qui veulent absolument essayer de consommer ce qu'ils ont récolté, qui parfois n'écoutent pas ce qu'on leur dit. C'est un phénomène de mode de retour à la nature. Nous devons payer probablement le déclin programmé de l'enseignement des sciences naturelles qui a été savamment orchestré, avec une obstination qui force le respect, par nos gouvernements depuis quelques dizaines d'années. Et on se rend compte que les gens ne connaissent plus rien aux champignons et très souvent, ils s'entêtent. On a beau leur expliquer que ce n'est pas comestible, ils veulent absolument consommer.

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Est-ce qu'il faut se méfier des applications sur smartphone dédiées aux champignons ?

Oui, très sérieusement. Il y a différents types d'applications de reconnaissance des champignons. Il y a une thèse qui a été réalisée récemment par un étudiant en pharmacie qui a soumis toutes ces applications à des reconnaissances de champignons comestibles et toxiques. Il s'est rendu compte qu'elles se trompaient dans un nombre très considérable de cas, beaucoup trop importants pour qu'elles puissent réellement être utilisables. Donc, il faut vraiment se méfier de ces applications. Souvent elles disent, 'attention, nous n'affirmons pas que ces champignons sont comestibles', mais les gens n'y croient pas. Donc ils consomment et ils s'intoxiquent.

Quels sont vos conseils pour reconnaître un bon champignon d'un toxique ? Est-ce qu'on fait contrôler toujours sa cueillette par un spécialiste ?

Oui. Le problème, c'est que les spécialistes, il n'y en a pas beaucoup. Les pharmaciens, ce n'est pas de leur faute, ils font ce qu'ils peuvent pour renseigner les gens. Mais souvent les jeunes pharmaciens ne sont plus formés à la mycologie. Il y a encore de très bonnes facultés qui forment des pharmaciens. Mais malheureusement, les professeurs de mycologie sont partis à la retraite et n'ont pas été toujours remplacés. La pharmacie est un métier compliqué. Les pharmaciens ne peuvent pas tout savoir. Donc il faut se renseigner auprès des mycologues qui existent dans pratiquement tous les départements de France, auprès des sociétés naturalistes, auprès des sociétés mycologiques.

"Il faut faire des sorties avec des mycologues et apprendre sur le terrain avec des spécialistes. C'est la seule façon de ne pas se tromper et de ne pas s'intoxiquer"

Guillaume Eyssartier, mycologue

à franceinfo

Il y a plusieurs dizaines de milliers d'espèces en France. Les gens s'intoxiquent aussi en prenant des petits guides d'identification dans lesquels il y a relativement peu d'espèces. Et ils sont persuadés que tout ce qu'ils rencontrent dans la nature existe dans leur guide. Et malheureusement, ce n'est pas le cas. Quand on prend un petit guide qui recense une centaine ou 200 espèces, on a 90 % de chances que les champignons qu'on trouve dans la nature ne sont pas dans le guide. Les champignons sont capricieux et en plus ils ont la fâcheuse habitude de nous tromper. Il faut apprendre les caractères avec un mycologue, les mémoriser pour ne plus risquer de sa vie en consommant des champignons.

Si on a un doute sur un champignon, que fait-on ?

Au moindre doute, on ne le mange pas. Mais malheureusement, la majeure partie des intoxications, ce sont des gens qui n'ont strictement aucun doute sur ce qu'ils consomment. C'est le gros problème des intoxications aux champignons. Chaque année, je lutte avec des gens qui veulent manger leurs champignons, qui sont absolument sûrs de ce qu'ils veulent manger. Je leur explique qu'ils se trompent, que c'est une espèce proche, et ils consomment quand même. Et il y a un message, c'est que les champignons, c'est toujours en petite quantité, jamais à plusieurs repas consécutifs et toujours bien cuits.

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