Un hôpital pour sans-abri menacé à Nanterre

C'est une offre de soins unique en France. À Nanterre, en plus de son activité ordinaire, l'hôpital Max-Fourestier suit et opère gratuitement près de 3 000 personnes sans-abri. Pour beaucoup d'entre elles, c'est la seule solution pour se soigner. Mais la structure est menacée car le service de chirurgie risque de fermer. L'Agence régionale de santé (ARS) doit rendre sa décision d'ici au 30 avril.

Allo docteur

À Nanterre, l'hôpital semble en sursis. Après la pneumologie et la réanimation, c'est la chirurgie qui pourrait disparaître en juillet 2016. Mais pour l'instant, la direction reste muette. Tout comme l'Agence régionale de santé. Pas question de s'exprimer avant la décision du 30 avril. Le docteur Jacques Hassin est le chef du pôle de médecine sociale. Il soigne les sans-abri depuis la création du lieu en 1984 et défend sa particularité. Ici, les plus démunis ont accès à toutes les spécialités et à un plateau de chirurgie en parfait état. Un lieu unique en France : "Si quelqu’un arrive de la rue, et que son comportement est bizarre, sa vigilance est bizarre à l'examen clinique… Eh bien, si c'est nécessaire, dans la demi-heure qui suit, il sera sur une table de scanner chez nous. Il sera éventuellement dans un service de soins intensifs. Et ça, c'est possible parce que nous avons autour de nous un hôpital".

Vers un démantèlement de l'hôpital ?

Certains craignent que la fermeture du service de chirurgie ne condamne définitivement l'hôpital. C'est ce que craint Jacqueline Fraysse, députée des Hauts-de-Seine. "Un hôpital sans chirurgie, ce n'est pas un hôpital, c’est un centre de santé… À Nanterre, il y a un service d’urgences. Si vous n'avez pas de chirurgie et que vous êtes un service d'urgences, vous ne pouvez pas fonctionner. Prendre une décision comme celle-là, c'est irresponsable. C'est un scandale sanitaire à l'égard de ces populations… Je ne sais pas où et comment seront soignées ces personnes".

Si la chirurgie quittait Nanterre, les sans-abri continueraient à consulter dans cet hôpital. Mais ils devraient aller dans d'autres établissements pour les examens plus poussés. Pour le Dr Jacques Hassin, c'est une façon hypocrite de les exclure des soins. "Ce sont des personnes pour lesquelles le temps est perturbé. Elles vivent dans l'immédiateté. Et tout ce qui peut leur arriver dans le futur est pire que ce qu'elles vivent maintenant. Donc elles n'ont pas du tout la même notion du temps. Si on leur donne un rendez-vous dans quinze jours, elles n’iront pas."

Un terrain immobilier convoité

Les défenseurs du centre de soins attendent donc avec impatience la décision du 30 avril. Mais la situation géographique de l'hôpital aiguise déjà l'appétit des promoteurs immobiliers. Il est bâti sur 17 hectares de terrain à 2 kilomètres seulement à vol d'oiseau du quartier d'affaires de la Défense.