Filière "au bord de l'implosion", "prise en charge catastrophique"... Le rapport alarmant sur la psychiatrie en France

Deux députées appellent à "sortir enfin la psychiatrie de l'hôpital" pour améliorer la prise en charge des patients.

En mars 2019, le personnel soignant de la psychiatrie avait appelé à manifester pour l\'amélioration des conditions d\'accueil des patients. 
En mars 2019, le personnel soignant de la psychiatrie avait appelé à manifester pour l'amélioration des conditions d'accueil des patients.  (AFP)

Une "prise en charge catastrophique". Deux députées, rapporteures d'une mission d'information sur la psychiatrie, ont rendu leurs conclusions mercredi 18 septembre. Elles appellent notamment à "sortir enfin la psychiatrie de l'hôpital", en "redéployant 80%" du personnel de cette filière "au bord de l'implosion" vers la ville. 

L'organisation territoriale de la psychiatrie est "tout à la fois inefficiente et inefficace", estiment Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (LFI) : "retard au diagnostic beaucoup trop important", "sur-occupation des lits" de psychiatrie représentant un "fléau pour les patients comme pour les soignants", recours croissant "à l'hospitalisation sans consentement"...

"Le nombre de lits d'hospitalisation en psychiatrie par habitant a diminué de moitié depuis les années 1990", rappellent les deux députées, respectivement psychiatre et aide-soignante dans un Ehpad de formation. Les structures qui se sont développées parallèlement en ville "ne permettent pas de répondre à la demande croissante" de soins : les centres médico-psychologiques (CMP) sont "partout saturés", tandis que "le premier rendez-vous avec un psychiatre peut atteindre trois mois, et parfois bien plus."

"Refonte" du financement dans le budget 2020 de la Sécu

L'une des réponses à la crise que traverse le milieu hospitalier se trouve "en dehors de l'hôpital", estiment les rapporteures : "Il est urgent de déployer des moyens importants sur les structures extra-hospitalières, qu'elles soient sanitaires, sociales ou médico-sociales", font-elles valoir, plaidant pour "le développement massif d'équipes mobiles sur l'ensemble du territoire mais aussi de structures d'amont et d'aval." Les députés souhaitent atteindre l'objectif de 80% des moyens de l'hôpital psychiatrique sur l'ambulatoire.

Sur le modèle de l'Institut national du cancer (Inca), elles proposent par ailleurs la création d'une "agence nationale en charge des politiques de santé mentale". Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2020 devrait amorcer la "refonte" du financement de la psychiatrie.