Hôpital : l'été risque d'être "très compliqué pour certains Français qui auront besoin de soins", alerte la Confédération des syndicats médicaux français

 "On a un système de santé à bout de souffle", a dénoncé mardi sur franceinfo Luc Duquesnel, médecin généraliste en Mayenne et président de la Confédération des syndicats médicaux français. 

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Radio France
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Manifestation devant l'hôpital de Montmorillon (Vienne) pour dénoncer la fermeture des services d'urgences pendant plusieurs week-ends, faute de médecins, le 12 mai 2022.  (MATHIEU HERDUIN / MAXPPP)

La crise à l'hôpital continue. Le CHU de Bordeaux a annoncé, mardi 17 mai, que les urgences passeront "en mode dégradé" dès mercredi et seront désormais fermées au public la nuit. Seuls les patients amenés par le 15 seront pris en charge. Dans ce contexte, le président de la Fédération hospitalière de France, Fréderic Valletoux réclame "une obligation de garde pour les médecins libéraux et une revalorisation des nuits à l'hôpital". Une proposition à laquelle s'oppose, sur franceinfo mardi, Luc Duquesnel, médecin généraliste en Mayenne et président de la Confédération des syndicats médicaux français. "Un médecin généraliste travaille en moyenne 53 heures par semaine, on ne peut pas leur demander plus", explique-t-il. "Il faut travailler sur chaque territoire, poursuit-il, voir comment on fait ensemble pour se mettre en mode dégradé et être en capacité de répondre aux demandes de soins des Français". Le président de la Confédération des syndicats médicaux français craint que "l'été ne soit très difficile pour certains Français qui auront besoin de soins sur certains territoires".

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franceinfo : Que pensez-vous de cette demande de Frédéric Valletoux ?

Luc Duquesnel : Je suis assez surpris, beaucoup de médecins généralistes participent déjà aux gardes. La garde de médecine générale fonctionne bien dans plusieurs départements : c'est la garde de week-end, de jour férié, mais aussi le soir et dans les départements ruraux, c'est la nuit entière. La problématique de fermeture des services d'urgence n'est pas nouvelle. Je suis dans un département, la Mayenne, où depuis un an les services d'urgence ferment une nuit sur trois, et d'ailleurs l'activité de ces services se reporte sur la médecine générale libérale. Ce que doit comprendre M. Valletoux, c'est que dans les territoires où on manque de médecins dans les services d'urgences, on en manque aussi dans les cabinets de médecine générale. C'est un manque global. La différence : un médecin généraliste, quand il fait une garde, ne récupère pas le temps de travail. Quand, par exemple, je fais une garde de nuit de médecin régulateur, je fais 20h-8h. À 9h15 je suis dans mon cabinet, je n'ai pas deux jours de repos pour récupérer de ma garde. Le temps de travail d'un médecin généraliste, c'est environ 53 heures par semaine en ce moment. On ne peut pas leur demander de faire plus.

Le message n'est-il pas : il faut absolument s'organiser de toute urgence. Parce que la situation est grave à force de petits pansements ?

Absolument et c'est déjà ce que l'on fait sur nos territoires. Par exemple en Mayenne depuis le 7 juillet 2021, et c'est la problématique des services d'urgences, on a doublé les gardes de régulations sur 20h-22h et c'est fait par les médecins libéraux. Cette problématique de pénurie est prévisible depuis des années et s'aggrave. Il faut travailler sur chaque territoire : voir comment on fait ensemble pour se mettre en mode dégradé et être en capacité de répondre aux demandes de soins des Français. C'est important car on le voit, désormais cela touche aussi les CHU.

Êtes-vous inquiets pour cet été ?

Très inquiet, parce que l'été 2021 déjà a été très difficile. Il y a également beaucoup de médecins généralistes qui veulent arrêter parce que cela devient trop dur : les gardes, le travail au quotidien, moins de médecins, de nouveaux patients à prendre en charge pour pallier les départs à la retraite. Cela devient très dur pour tout le monde. On a un système de santé à bout de souffle, en ambulatoire et à l'hôpital, parfois sur certains territoires c'est un peu le naufrage. On pousse des cris d'alarme depuis des années, rien ne se passe et je crains que l'été ne soit très difficile pour certains Français qui auront besoin de soins sur certains territoires.

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