Concertations sur la santé : on espère "que ça ne fera pas un vaste plouf comme le grand débat", met en garde le médecin Jérôme Marty

Le Conseil national de la refondation lance des concertations sur la santé, lundi 3 octobre au Mans, pour répondre aux problématiques qui touchent les professions médicales et les patients en France.

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Radio France
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Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’UFML (l'Union française pour une médecine libre), à Toulouse, le 21 janvier 2022. (NATHALIE SAINT-AFFRE / MAXPPP)

"On a totalement oublié la médecine libérale", alerte ce dimanche 2 octobre sur franceinfo, Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’UFML (l'Union française pour une médecine libre) alors que ce lundi débutent les grandes concertations sur la santé au sein du Conseil national de la refondation et pour lesquelles le ministre de la Santé, François Braun, a fixé les objectifs. Pour le médecin, "il va falloir de l'argent" pour régler les problèmes. Selon lui, "c'est l'ensemble de la médecine libérale qu'il faut relancer" en pensant également aux spécialistes et non pas seulement aux généralistes. Jérôme Marty espère que ces concertations "ne feront pas comme le grand débat". Emmanuel Macron avait lancé le grand débat national pour faire face au mouvement des gilets jaunes.

franceinfo : Après le Ségur de la santé en 2020, qu'attendez-vous de cette concertation ?

Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’UFML : On en attend beaucoup. On a totalement oublié la médecine libérale, mandature après mandature depuis 30 ans. Il y a bien eu un Ségur pour l'hôpital - qui a été insuffisant - mais il n'y a pas eu de Ségur du tout pour la médecine libérale alors que l'on voit bien que cette médecine-là est la seule capable de mailler le territoire, la seule capable d'apporter le soin aux patients. C'est donc celui-ci qu'il faut développer et il ne faut pas avoir peur de dire les choses : il va falloir de l'argent, beaucoup d'argent. On a pour habitude de parler de déserts médicaux et immédiatement on pense aux généralistes mais les déserts médicaux sont aussi les déserts des spécialistes. Quel Français n'est pas soumis à une difficulté d'accès aux soins pour voir un spécialiste ? Quel Français n'a pas son rendez-vous dans six mois voire plus en fonction des spécialités ? C'est donc l'ensemble de la médecine libérale qu'il faut relancer.

C'est donc le résultat de ces concertations qui va compter, les propositions sont importantes mais qu'en restera-t-il ?

On part sur une course de fond avec 1 200 débats sur la France. Espérons que ça ne fera pas comme le grand débat, c'est-à-dire un vaste plouf dans une eau dont rien n'est sorti. Je ne voudrais pas qu'on amuse la galerie parce qu'on n'a plus le temps maintenant. Ces décisions doivent être prises avec la population certes mais aussi avec les corps intermédiaires que sont les syndicats élus de la profession parce que quand on saute les corps intermédiaires, on finit avec les gilets jaunes.

Est-ce que d'après vous le débat est si ouvert que cela ?

C'est notre crainte. On craint que les jeux soient déjà faits. On ne veut pas miser sur cette médecine. On nous sort des lapins du chapeau qui ne ressemblent à rien, comme les centres de santé avec des médecins salariés qui sont de la poudre aux yeux et des fausses options parce que si on rapporte au coût de l'acte, on voit qu'il est plus cher qu'en médecine libérale. La chance de la France c'était d'avoir un hôpital fort à côté d'une médecine libérale forte et aujourd'hui l'hôpital est malade et la médecine libérale est moribonde. Les questions posées sont les bonnes, le problème est de savoir si des solutions vont en sortir.

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