L'avortement, un accès toujours très inégal dans le monde

Alors que les femmes d'Irlande du Nord accèdent aujourd'hui au droit à l'avortement, de nombreux pays continuent de nier ce droit aux femmes. Ou le rendent très difficile d'accès. Tour d'horizon mondial.

L\'avortement, un accès toujours très inégal dans le monde
L'avortement, un accès toujours très inégal dans le monde (Crédits Photo : © paulthielen on Visualhunt.com / CC BY-NC-SA  )

Aujourd’hui, mardi 22 octobre, l'avortement devient légal dans la totalité du Royaume-Uni y compris en Irlande du Nord. Le pays, qui l'autorisait uniquement si la grossesse menaçait la vie de la mère le permet désormais  "sans conditions jusqu'à 12 semaines" ou dans les cas de "risque pour la vie" ou de "grave danger pour la santé" de la femme enceinte. Les Irlandais du Nord s’étaient prononcés à travers un référendum historique, abrogeant l'interdiction constitutionnelle de l'IVG dans ce pays catholique.

A l’échelle mondiale, les législations sur l'avortement continuent de varier selon les pays avec parfois d'importantes restrictions.

Ces pays où l’avortement est considéré comme un crime

Au Salvador, où la législation anti-avortement est l'une des plus strictes du monde, deux cas récents ont suscité une forte émotion: deux femmes condamnées à 30 ans de réclusion pour une fausse couche, considérée par la justice comme un homicide, ont passé une dizaine d'années en prison avant de voir leur peine commuée.

Malte, où le catholicisme est religion d'Etat, reste le seul pays de l'Union européenne prohibant totalement l'interruption volontaire de grossesse. En cas d'infraction, la peine encourue va de 18 mois à trois ans de prison. L'avortement est également illégal en Andorre et à Saint-Marin, qui sont en Europe mais pas dans l'UE, ainsi qu'au Vatican. Dans le reste du monde, l'IVG est interdite dans une quinzaine de pays: Congo, Egypte, Gabon, Guinée-Bissau, Madagascar, Mauritanie, RDC, Sénégal en Afrique; Honduras, Nicaragua, Surinam, Haïti et République dominicaine en Amérique; Philippines et Laos en Asie; Palaos en Océanie.

Droit à l’avortement sous conditions

Dans de nombreux pays, l'avortement est soumis à des conditions extrêmement restrictives. Ainsi, l'IVG est accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la mère dans des pays comme la Côte d'Ivoire, la Libye, l'Ouganda, le Soudan du Sud, l'Irak, le Liban, la Syrie, l'Afghanistan, le Yémen, le Bangladesh, la Birmanie, le Sri Lanka, le Guatemala, le Paraguay ou encore le Venezuela.

Au Brésil, l'accès à l'IVG est également très limité, en cas de viol, risque pour la mère ou grave malformation du fœtus. La Cour suprême du pays a entamé en août 2018 une série d'audiences publiques sur son éventuelle légalisation jusqu'à la 12e semaine de grossesse. En 2017, le Chili a mis fin à près de 30 ans d'interdiction totale de l'IVG, désormais autorisé dans trois cas précis: risque pour la vie de la mère, viol et non-viabilité du fœtus.

En 2018, en Argentine, un texte légalisant l'avortement avait été adopté par les députés, avant d'être rejeté par les sénateurs. La loi en vigueur n'autorise l'avortement que dans des cas de viol ou de risque pour la santé de la mère.

En Corée du Sud, la plus haute juridiction du pays a ordonné en avril 2019 la levée de l'interdiction de l'avortement, jugée anticonstitutionnelle, et demandé une évolution législative d'ici la fin de l'année prochaine. L'avortement y est pour le moment seulement autorisé en cas de viol, d'inceste ou de menace pour la santé de la mère.

Un droit sous pression même en Europe et aux Etats-Unis

Sans surprises, ce sont les femmes d'Europe et d'Amérique du Nord qui bénéficient des législations les plus libérales, avec quelques exceptions notables.

La Pologne ne permet l'avortement qu'en cas de viol, inceste, danger pour la vie de la mère ou malformation irréversible du fœtus. Début 2018, une tentative des ultraconservateurs de limiter encore l'accès à l'IVG a entraîné d'importantes manifestations à travers le pays.

Aux Etats-Unis, où l'avortement a été légalisé en 1973, le débat reste vif entre les "pro-life" (anti-avortement) et les "pro-choice". Depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, les lois très restrictives ont tendance à se multiplier. Les tribunaux en ont cependant invalidé plusieurs, notamment dans le Missouri, l'Arkansas, le Kentucky, le Mississippi, ou plus récemment en Géorgie.