Tous les Français victimes de la pollution intérieure, alerte Santé publique France

Près de 70 polluants issus des produits du quotidien sont détectables dans le corps des adultes et des enfants, alerte Santé publique France. L’alimentation, les cosmétiques et l’air intérieur seraient les principaux facteurs de risque.

Tous les Français victimes de la pollution intérieure, alerte Santé publique France
Tous les Français victimes de la pollution intérieure, alerte Santé publique France

Parabènes, phtalates, bisphénols… Ces substances chimiques ont envahi l’industrie et se sont immiscées dans les placards de nos cuisines et de nos salles-de-bain, nos meubles, nos peintures et nos produits d’entretien. Mais dans quelle mesure ces produits se sont-ils infiltrés dans nos corps ? Santé publique France publie ce 3 septembre 2019 les résultats de son enquête de biosurveillance Esteban(1).

Entre 2014 et 2016, 70 substances ont été traquées chez 1.104 enfants et 2.503 adultes. Les participants se sont prêtés à des prélèvements d’urines, de sérum et de cheveux, qui ont ensuite été croisés avec un questionnaire sur leurs habitudes de vie et de consommation, dans le but d’identifier à quel point et comment les volontaires ont été exposés à ces polluants.

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Les enfants en première ligne

Principal enseignement tiré de cette analyse : les polluants du quotidien sont présents dans l’organisme de tous les Français. Et, d’une manière générale, les enfants semblent plus imprégnés que les adultes. Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ce constat : "des contacts cutanés et de type 'main bouche' plus fréquents pour des produits du quotidien (jouets, peintures...) ; des expositions plus importantes liées par exemple à une exposition accrue aux poussières domestiques ou à un poids corporel plus faible par rapport à leurs apport alimentaires, comparativement aux adultes", liste Santé publique France.

Autre résultat notable : l’alimentation n’est pas la source d’exposition exclusive à ces polluants. L’utilisation de produits cosmétiques et de soins et la fréquence d’aération du logement rentrent également en jeu.

La plus grande inquiétude de Santé publique France porte sur les bisphénols (A, F et S), les phtalates, les parabènes, les éthers de glycol, les retardateurs de flamme et les composés perfluorés car ils sont pour la plupart "des perturbateurs endocriniens ou des cancérogènes, avérés ou suspectés".

  • Bisphénol : aliments pré-emballés et faible aération

Quels sont les risques ? Le bisphénol A, interdit en France dans les conditionnements alimentaires en 2014, est défini comme perturbateur endocrinien par l’Organisation Mondiale de la Santé, "présumé toxique pour la reproduction" et classé comme "substance très préoccupante" par l’Agence européenne des substances chimiques (ECHA). Ses remplaçants les bisphénols S et F, sont également suspectés de jouer un rôle similaire.

Où les trouve-t-on ? Aujourd’hui, ils interviennent toujours dans la fabrication d’équipements électroniques, d’emballages alimentaires, de papiers thermiques, de peintures ou encore de vernis.

Quelle imprégnation dans l’organisme ? Santé publique France a détecté ces trois bisphénols "dans la quasi-totalité́ des échantillons", avec des résultats "proches de ceux observés dans les pays nord-américains".

Quelles seraient les pratiques à risque ? Les taux les plus élevés de bisphénol étaient associés à l’achat d’aliments pré-emballés, notamment de poissons pré-emballés chez les enfants, et au fait de ne pas aérer son logement au quotidien.

  • Ethers de glycol : dans les cosmétiques et produits ménagers

Deuxième polluant sur la liste : les éthers de glycol, groupe de solvants contenant plus de 80 composés.

Où les trouve-t-on ? Ils entrent dans la composition de peintures, d’encres, de vernis, de colles, de produits d’entretien ménagers, de cosmétiques ou de produits phytosanitaires.

Quels sont les risques ? Ils sont notamment "suspectés d’entraîner des effets toxiques sur la reproduction et le développement".

Quelle imprégnation ? Selon Santé publique France, "l’ensemble de la population (adulte et enfant) était exposé à au moins un des huit métabolites recherchés", avec des concentrations dépassant parfois les valeurs seuils sanitaires établies à l’étranger.

Quelles seraient les pratiques à risque ? Les taux les plus élevés étaient retrouvés chez les personnes qui utilisaient le plus de cosmétiques et de produits ménagers.

  • Parabènes : cosmétiques et soins du corps

Où les trouve-t-on ? Les parabènes sont des agents conservateurs sont utilisés dans les produits cosmétiques et de soins personnels, dans l’alimentation et dans les produits pharmaceutiques.

Quels sont les risques ? Leurs effets sur la santé sont encore peu connus. Ils pourraient agir comme des perturbateurs endocriniens et augmenter le risque de cancer.

Quelle imprégnation ? L’un d’entre eux, le méthyl-parabène, a été quantifié chez plus de 90% des adultes et des enfants, avec des niveaux plus élevés chez les enfants que chez les adultes.

Quelles seraient les pratiques à risque ? Les taux les plus élevés ont été enregistrés chez les personnes qui utilisaient des crèmes, des soins pour le corps, des cosmétiques et des vernis à ongles.

  • PFC : poissons, aération et bricolage

Où les trouve-t-on ? Les composés perfluorés (PFC), de leur côté, sont utilisés dans un grand nombre de produits industriels et de biens de consommation courants.

Quels sont les risques ? Certains sont interdits mais persistent dans l’environnement et sons suspectés de jouer un rôle cancérogène et de perturbateur endocrinien.

Quelle imprégnation ? Sept composés ont quantifiés à plus de 40% chez les adultes et six chez les enfants, deux composés à 100%.

Quelles seraient les pratiques à risque ? Santé publique France observe que l’imprégnation augmente quand la fréquence d’aération du logement diminue, quand la consommation de poissons, de produits de la mer et de légumes augmente ou encore avec l’utilisation des produits ou matériaux pendant les travaux de loisirs ou de bricolage.

  • Phtalates : cosmétiques, revêtements en vinyle, tabagisme

Où les trouve-t-on ? Les phtalates sont utilisés dans les emballages alimentaires, les jouets, les revêtements de sol, les cosmétiques, les produits d’entretien ou les peintures.

Quels sont les risques ? Ils sont considérés comme perturbateurs endocriniens et la plupart sont classés comme "substances toxiques pour la reproduction", rappelle Santé publique France.

Quelle imprégnation ? L’enquête Esteban a permis de les quantifier dans 80 à 99% des échantillons des adultes et des enfants, ce qui fait d’eux des produits omniprésents malgré leurs restrictions d’usage.

Quelles seraient les pratiques à risque ? L’enquête a aussi montré que les taux de phtalates dans les organismes augmentent avec l’utilisation des cosmétiques, de produits pour cheveux, la présence de revêtement en vinyle et, chez les adultes, le fait d’être un fumeur ou un ex-fumeur.

  • Retardateurs de flamme bromés : temps passé en voiture et consommation de fromages

Où les trouve-t-on ? Ces produits ont pour but de diminuer le caractère inflammable des textiles et des meubles. Leur usage est réglementé mais ils sont encore très présents dans l’environnement, et ce jusque dans les aliments.

Quels sont les risques ? Ils possèdent des effets sur le diabète, le développement neurocomportemental, la reproduction, le cancer et le fonctionnement de la thyroïde.

Quelle imprégnation ? Les taux observés étaient variables selon les individus testés.

Quelles seraient les pratiques à risque ? Les facteurs associés à des taux élevés sont un temps passé en voiture élevé, une faible aération du logement et la consommation de fromages.

Suivre l’impact des politiques publiques

Dans tous les cas, les corrélations mises en évidence par Santé publique France ne démontrent pas de lien de cause à effet direct entre l’usage d’un produit et l’accumulation de polluants dans un organisme humain mais ces liens offrent des pistes à étudier.

En attendant de mieux comprendre ces associations, Santé publique France espère que cette vaste étude permette à la fois "d’établir des valeurs de référence d’imprégnation dans la population générale" et de "suivre dans le temps les évolutions des expositions". L’objectif étant, à terme, d’"estimer l’impact des politiques publiques visant à réduire les expositions".

A suivre : deux volets d’une envergure comparable "sur les métaux et les pesticides", promet d’ores et déjà Santé publique France.

 

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(1) Etude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition.