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Santé en prison : les carences du système

Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la politique de santé des personnes incarcérées, publié le 20 juillet, met en évidence les défaillances de l'offre de soins en prison. Les besoins en santé demeurent importants mais l'état de santé des personnes détenues est très mal documenté.
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Les données disponibles sur la santé des détenus "sont anormalement anciennes", regrettent d'emblée les rapporteurs de l'IGAS, après avoir décrit l'état clinique de la population carcérale telle qu'elle était analysée dans des études des années 2001 à 2004. "Seule l'étude sur le VIH (virus du sida), le VHC (hépatite C) et les traitements de substitution a été actualisée en 2010", indique le rapport. 

Les pathologies mentales sont surreprésentées en milieu carcéral

À ces dates, un entrant sur dix en prison était orienté vers une consultation de psychiatrie à l'issue de l'examen clinique d'entrée en détention. Plus de la moitié des détenus avaient déjà un antécédent de troubles psychiatriques et un entrant sur six avait déjà été hospitalisé en psychiatrie. Plus précisément, un détenu sur 25 était diagnostiqué schizophrène (soit quatre fois plus que la population générale), plus d'un détenu sur trois était dépressif, un sur dix atteint de dépression mélancolique à haut risque de suicide (cas très sévère de la dépression), un sur six avait une phobie sociale et un sur trois une anxiété généralisée.

Le rapport souligne la nécessité d’un "suivi épidémiologique" en prison et de "réaliser sans tarder ces études" comme le préconise l’Institut de veille sanitaire. Or, d’après Michel David, président de l’association des secteurs de psychiatrie en milieu carcéral (ASPMP), il serait pertinent de réaliser une enquête épidémiologique ciblée sur les cas pathologiques très graves tels que la schizophrénie ou la dépression mélancolique. Pour lui, ces pathologies "ne devraient pas être soignées en prison mais dans des hôpitaux psychiatriques". Il ajoute qu’"on ne peut pas faire les mêmes soins en prison qu’à l’extérieur car la confidentialité est impossible".

Une offre de soins "disparate et encore insuffisante"

Les auteurs passent aussi en revue l'offre de soins en détention qu'ils jugent "disparate et encore insuffisante". Même si le rapport reconnaît "un effort important de renforcement des moyens humains entre 1997 à 2013 avec un doublement des effectifs du personnel de santé". Toutefois, dans le même temps, "la population carcérale a augmenté de 25%", soulignent-ils.

Mais en dépit de cet accroissement, d'importantes disparités et insuffisances dans l'offre de soins ont été constatées, liées d'abord à des difficultés de recrutement pour plusieurs catégories de personnel de santé. Ainsi, 22% des postes de spécialistes budgétés ne sont pas pourvus et 15,5% des postes de psychiatres non plus. La moitié des unités sanitaires en prison "ne bénéficient de la présence d’un psychiatre qu’au maximum 2 jours par semaine".

Seules 12 unités sanitaires couvrent à 100% leurs postes de kinésithérapeutes pour lesquels 25% des postes ne sont pas pourvus. Pour les dentistes, 21 prisons ont fonctionné avec moins de 50% de leurs postes budgétés, et la mission a pu constater l’absence totale de dentistes pendant plusieurs mois. Michel David précise que cette carence s’explique par les déserts médicaux dans certaines régions qui s’aggravent en prison et par le fait que beaucoup de professionnels de santé ne pratiquent pas à plein temps dans les unités sanitaires en milieu pénitentiaire (USMP).

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