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Recyclage : "mesure imposée et complexe" pour les uns, "levier" pour les autres, la consigne des bouteilles en plastique divise

La mise en place d'une consigne pour les bouteilles en plastique est l'une des mesures envisagées dans le projet de loi sur l'économie circulaire, examiné au Sénat.

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Radio France
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Des bouteilles plastique (image d'illustration). (DENIS CHARLET / AFP)

"Levier de performance" pour les uns, "modèle imposé aux forceps" pour les autres... La mise en place d'une consigne est l'une des mesures envisagées dans le projet de loi sur l'économie circulaire, examiné au Sénat à partir du mardi 24 septembre. Ce texte vise à lutter contre le gaspillage et améliorer le recyclage pour protéger l'environnement. Les bouteilles en plastique sont dans le viseur puisque l'Union européenne a fixé comme objectif d'atteindre les 90% de collecte des bouteilles en plastique en 2029. 

Une mesure "imposée" par le gouvernement

Les élus locaux sont "sceptiques pour plusieurs raisons", explique sur franceinfo Nicolas Soret, chargé des questions liées aux déchets au sein l'Association des maires de France (AMF). "La consigne n'était pas dans la négociation à laquelle nous avons participé pendant un an [avec le ministère de la Transition écologique]. Le sujet est arrivé très tard, début juillet", assure-t-il.

Il n'y a pas eu de concertation avec les élus locaux

Nicolas Soret

sur franceinfo

Jean-Philippe Carpentier, le président de la Fédération des entreprises de recyclage qui rassemble plus d'un millier d'entreprises de recyclage, partage cet avis. "Le projet de consigne nous a été imposé, et maintenant on nous invite à débattre de la modalité de mise en place de cette consigne", déplore-t-il sur franceinfo.

Un système qui va "complexifier" le tri

Sur le fond de la mesure, le représentant de l'AMF s'interroge : "Est-on certain que ce modèle que l'on veut nous imposer aux forceps sera meilleur pour l'environnement que celui qui est en train d'être déployé par les collectivités ?", interroge-t-il, et d'jaouter : "Des pays comme la Belgique ou la Suisse, qui n'ont pas choisi le modèle de la consigne, ont des performances de tri qui vont leur permettre d'atteindre les objectifs européens". Nicolas Soret assure que sans avoir besoin de mettre en place cette mesure, les collectivités seront "prêtes" à atteindre les objectifs européens "avant 2030".

Fin 2022, on aura simplifié le geste de tri. Et la consigne va tout faire, sauf simplifier ce geste.

Nicolas Soret

sur franceinfo

Un constat que partage Jean-Philippe Carpentier qui demande aux sénateurs d'abandonner ce projet. Le président de la Fédération des entreprises de recyclage estime que ce nouveau système "va complexifier les choses alors qu'il faudrait les simplifier". "Pourquoi parler de la bouteille en PET, et pas de la bouteille de lait ou de la bouteille Tetra Pak du jus d'orange ?", résume-t-il.

Cette mesure est pourtant un "levier de performance", selon Jean Hornain, directeur général de la société Citeo qui recycle les emballages ménagers. En prenant les exemples de la Suède, de l'Allemagne et du Danemark qui l'ont déjà mise en place, il explique sur franceinfo que la consigne permettrait, "en complément de ce qui existe déjà (...) pour le verre, l'acier, l'aluminium", de se donner les moyens d'atteindre les objectifs européens. Aujourd'hui, en France, "on est à moins de deux bouteilles en plastique collectées sur trois, et de une à deux sur dix dans les grandes villes".

Un "plan Marshall" pour les plastiques "hors foyer"

Pour Nicolas Soret, "le vrai sujet, c'est la place du plastique dans la société". Celui qui est chargé des questions liées aux déchets pour l'AMF explique que "les déchets plastiques représentent 50 kg par an et par Français, les bouteilles en plastique représentent 7 kg. Et sur ces 7 kg, les collectivités en collectent déjà 5 !".

On se focalise sur les bouteilles alors qu'on a un système qui fonctionne.

Nicolas Soret

sur franceinfo

"Le vrai courage serait qu'on arrête de mettre sur le marché des emballages, les paquets de chips ou de café par exemple, qu'on ne saura pas les recycler. C'est cela qui nous pose problème", poursuit-il.

Le président de la Fédération des entreprises de recyclage, Jean-Philippe Carpentier, partage une nouvelle fois le constat des élus locaux. "On ne s'intéresse qu'à une partie des plastiques, alors qu'on pense que le problème est plus global". D'après lui, la bouteille est un des plastiques les mieux collectés "puisqu'on est à 99% de collecte, mais comme la bouteille n'est pas dans le bon bac, il n'y a que 57% de ces bouteilles qui sont recyclées".

C'est un faux problème de dire que la bouteille pollue la nature.

Jean-Philippe Carpentier

sur franceinfo

Pour Jean-Philippe Carpentier, "il faut surtout faire un plan Marshall pour le ‘hors foyer', c'est-à-dire tout ce qu'il se passe dans la rue, dans les gares, dans les aéroports. Aujourd'hui, rien n'a été fait dans ce domaine".

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