Essais nucléaires en Polynésie : une association dénonce le "négationnisme" d'un rapport de l'Inserm

Ce rapport n'établit pour le moment aucun lien entre les essais nucléaires qui ont eu lieu sur place et les cancers qui ont touché la population.

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La base Moruroa en Polynésie française, le 13 février 2014. (GREGORY BOISSY / AFP)

L'une des principales associations anti-nucléaires de Polynésie française, l'association 193, a regretté la publication d'un rapport de l'Inserm sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires, l'assimilant à du "négationnisme".

Dans ce rapport, à paraître mercredi 24 février, dix experts estiment que les résultats des études menées en Polynésie française "sont insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre l'exposition aux rayonnements ionisants issus des retombées des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française et l'occurrence" de pathologies comme le cancer de la thyroïde ou les hémopathies malignes.

"La continuité d'une négation de la réalité"

"Ce rapport n'apporte rien de nouveau, c'est la continuité d'une négation de la réalité. 193 essais nucléaires, c'est l'équivalent de 800 bombes d'Hiroshima : dire qu'il n'y a pas eu d'effets, c'est du négationnisme", a déclaré le père Auguste Uebe-Carlson, président de 193. Cette association milite notamment pour une meilleure indemnisation de ceux et celles qui se disent victimes des essais.

Au-delà des effets sanitaires des essais nucléaires, l'association 193 s'inquiète d'une réinterprétation de l'histoire, par exemple au sein du Centre de mémoire, qui devrait voir le jour à Tahiti après un engagement du président François Hollande. "Le Centre de mémoire va devenir un lieu où on va retrouver ce genre d'affirmation sur les essais propres, ça va être le lieu d'une seule parole " s'inquiète le père Uebe-Carlson.

Le rapport de l'Inserm a réuni 1 200 études portant sur la Polynésie, mais aussi sur d'autres lieux d'essais nucléaires. "Parmi les documents étudiés, il y en a quelques-uns qui sont issus des années folles où tout ce qui touchait au nucléaire était entièrement contrôlé par l'armée", a regretté le député Moetai Brotherson, cadre du parti indépendantiste polynésien.

Le combat commun des indépendantistes et des antinucléaires

L'historien Jean-Marc Regnault regrette "des régressions sur l'ouverture des archives militaires" qui nourrissent les "doutes" des militants sur la sincérité de l'étude. "Compte tenu de tous les mensonges qu'il y a eu, on peut se demander si ces conclusions ne sont pas un nouveau mensonge, même si ce sont des scientifiques de l'Inserm et non l'Etat."

Jean-Marc Regnault rappelle que d'autres études scientifiques, comme celles de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), une association du mouvement antinucléaire, sont arrivées à des conclusions différentes à partir des mêmes documents. Par ailleurs, par le passé, François Hollande a aussi reconnu les conséquences sanitaires des essais nucléaires.

Les indépendantistes polynésiens et les associations antinucléaires mènent un combat commun, pour une meilleure indemnisation des victimes de maladies radio-induites. Ils craignent que ce rapport soit un frein aux demandes d'indemnisation.

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