Allergies : "C'est la double peine, parce qu'on a deux saisons polliniques qui se chevauchent"

Sophie Silcret-Grieu, médecin et allergologue à Paris, revient mardi sur le pic d'allergie au bouleau constaté dans une partie du pays.

Le réchauffement climatique va conduire à  une augmentation des quantités de pollen à l\'origine de gênes ou d\'allergies respiratoires.
Le réchauffement climatique va conduire à  une augmentation des quantités de pollen à l'origine de gênes ou d'allergies respiratoires. (MAXPPP)

"C'est la double peine, parce qu'on a deux saisons polliniques qui se chevauchent", a expliqué mardi 23 avril Sophie Silcret-Grieu, médecin et allergologue à Paris concernant le retour des allergies. En cette fin du mois d'avril, selon le Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), le pic d'allergie au bouleau est atteint dans la Marne, en Meurthe-et-Moselle, dans les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne, et quasiment atteint dans les départements du Nord, de Bourgogne, du Centre, ainsi que le Cantal et la Haute-Savoie.

franceinfo : Il suffit qu'il fasse beau quelques jours pour qu'on éternue à nouveau ?

Sophie Silcret-Grieu : Oui, puisque les allergies suivent le cours de la nature, c'est une rencontre entre une réaction de notre immunité et l'environnement. Elles apparaissent donc quand les pollens surgissent. Cette année, les pollens d'arbres sont apparus tôt, en février, et maintenant que nous sommes au printemps, ils sont en train d'exploser avec les pollens de graminées. C'est la double peine. Double peine parce qu'on a deux saisons polliniques qui se chevauchent : les pollens d'arbres et notamment les pollens de bouleau qui sont extrêmement agressifs et les pollens de graminées qui vont durer jusqu'à juillet-août.


Il y a les pollens, il y a aussi la pollution qui touche en ce moment plusieurs régions, la Bretagne, la Normandie, les Hauts-de-France. Est-ce que les effets entre les pollens et la pollution s'additionnent ?

Les effets s'additionnent et se multiplient. Ce qui se passe, c'est que la pollution a un double effet. D'une part, elle irrite les voies respiratoires et les rend plus poreuses, plus perméables, parce qu'elles sont enflammées. D'autre part, la pollution agit aussi directement sur les pollens, elle les fragmente et les morceaux fragmentés qui sont plus petits pénètrent plus profondément dans les voies respiratoires. C'est pour ça qu'on voit, avec ce type d'allergie, des asthmes et des maladies respiratoires plus embêtantes que le simple rhume des foins. Sans oublier que le réchauffement climatique modifie les saisons polliniques, les rend plus précoces et plus abondantes.

On estime qu'il y a environ un Français sur trois qui est allergique. Le chiffre est en hausse depuis des années, pourquoi ?

Le chiffre est en hausse. Il est même en pleine explosion. On voit plus d'allergies mais aussi des allergies plus graves et on voit même de nouvelles maladies allergiques et de nouveaux allergènes. Ca s'explique en partie par la moindre exposition aux microbes dans la toute petite enfance. Moins on est exposé aux microbes moins notre système immunitaire a appris à se défendre et plus il développe des réactions allergiques, c'est-à-dire des réactions de défense vis-à-vis de choses normalement inoffensives. On voit maintenant des allergiques de plus en plus jeunes et de plus en plus âgés.

Est ce qu'on peut empêcher ou atténuer une allergie ?

Empêcher c'est difficile. En revanche, on peut effectivement l'atténuer en diminuant un peu l'exposition. Par exemple, si on fait du sport à l'extérieur, mieux vaut le faire tôt le matin ou en fin de journée plutôt qu'en pleine pollinisation. Quand on rentre le soir, après avoir été exposé aux pollens, il faut se brosser les cheveux, se rincer le visage pour éliminer les grains de pollen qui restent piégés sur nous et qui continuent leur action. Il faut aussi aérer la maison parce qu'il y a des polluants aussi à l'intérieur. Il faut, là aussi, aérer le matin et le soir pour éviter la pleine journée pendant laquelle il y a le plus de pollens.