Interdiction des téléphones portables à l'école et au collège : une mesure "peu réalisable", juge un syndicat d'enseignants

Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, rappelle que les personnels des établissements scolaires n'ont pas le droit de fouiller les élèves, ni de confisquer un téléphone portable car il ne représente pas de danger immédiat. 

Un élève en train de faire ses devoirs avec un telephone portable a la main. (Photo d\'illustration)
Un élève en train de faire ses devoirs avec un telephone portable a la main. (Photo d'illustration) (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a confirmé, dimanche 20 décembre, l'interdiction du téléphone portable pour les élèves des écoles et collèges dès la rentrée 2018. Valérie Sipahimalani, enseignante et secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, juge cette mesure "peu réalisable parce que (...) dans les établissements scolaires, les personnels n'ont pas le droit de fouiller les élèves" et de confisquer un objet s'il n'y a pas de danger immédiat. Elle plaide plutôt pour un dialogue avec les élèves et leurs parents.

franceinfo : Est-il réalisable d'interdire des téléphones portables dans les écoles et les collèges ?

Valérie Sipahimalani : Elle est probablement fort peu réalisable parce que (...) dans les établissements scolaires, les personnels n'ont pas le droit de fouiller les élèves. Quand on demande à un élève de donner son téléphone, il faut qu'il accepte de le faire. S'il n'accepte pas, nous n'avons aucun moyen de l'y contraindre. Par ailleurs, si jamais nous surprenons un élève avec un téléphone portable, nous n'avons pas le droit, à l'heure actuelle, de le confisquer puisqu'il n'y a pas de danger immédiat. Nous n'avons aucun moyen coercitif une fois que l'élève s'est mis en contravention du règlement intérieur. (...) Je ne crois pas que les professeurs souhaitent avoir une règle leur permettant de fouiller leurs élèves. Ce qu'il faut, c'est un mode de vie dans les établissements scolaires qui permette notamment d'éviter que les élèves soient tout le temps branchés sur leur téléphone. Mais on n'est pas demandeur non plus de faire de la sécurité publique dans les établissements scolaires. 

Dans les établissements, on fait de l'éducation. Ce qui manque en particulier, ce sont des adultes dans les couloirs quand les professeurs n'y sont pas. On manque cruellement d'adultes surveillants.Valérie Sipahimalanià franceinfo

Pourrait-on demander au personnel de vérifier que les élèves n'ont pas de portables sur eux ?

Vous imaginez des vigiles faisant les poches de 400 élèves à 8 heures du matin ? C'est tout proprement irréalisable. On n'est pas non plus dans des 'territoires occupés', on n'a pas besoin de ça. On a besoin de trouver, dans les établissements scolaires, un rythme de vie qui convienne à tout le monde sans mesure coercitive. La mesure du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer n'est pas vraiment ce qu'il y a de plus prioritaire dans les collèges actuellement. Dans les collèges, on a besoin de travailler tranquillement et pour travailler tranquillement, il faut des adultes. On a besoin d'adultes, on n'a pas besoin de règles supplémentaires, toutes les règles, on les a déjà à disposition. (...) Ce n'est pas en interdisant sans mettre des moyens pour discuter avec les élèves qu'on va s'en sortir. Le travail est déjà fait dans les établissements scolaires, on discute déjà avec les élèves. La majorité des règlements intérieurs sont conçus pour qu'il n'y ait pas de perturbations par les téléphones portables. Le problème, dans les établissements scolaires, ce sont toutes les petites incivilités au quotidien. Le téléphone portable est un vecteur d'incivilités parmi tant d'autres.

Le téléphone portable est-il déjà interdit dans les salles de classe ?

Oui, c'est là le paradoxe. Il est interdit dans les salles de classe où certains enseignants s'en servent à des fins pédagogiques. Les collègues de langues vivantes s'en servent, par exemple, pour faire des enregistrements de leurs élèves à l'oral. Le téléphone portable est également censé être interdit dans les coursives où on n'a, de toute façon, pas assez d'adultes pour vérifier que les élèves ne s'en servent pas.

Au fond, n'est-ce pas un rôle à donner aux parents, cette éducation de comportements par rapport aux portables ?

Probablement, mais ça veut dire qu'il faut que les parents acceptent d'être déconnectés de leurs enfants pendant le temps scolaire. On constate des angoisses de parents qui envoient des SMS toute la journée pour savoir si leurs enfants vont bien. Donc il y a un travail à faire de la communauté éducative avec les parents pour que cesse l'usage des portables. (...) [Mais cette annonce du ministre], c'est de la communication.

Interdiction des téléphones portables à l'école et au collège : une mesure "peu réalisable", juge Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU
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