Baisse du prix du tabac : "Ça va faire le cancer 1% moins cher", ironise un pneumologue

"La fin de la cigarette est programmée, c’est pour cela que l’industrie du tabac se bat", explique le professeur Bertrand Dautzenberg.

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Radio France
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Le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue. (MARLENE AWAAD / MAXPPP)

Les prix de certains paquets de cigarettes baissent à partir de mercredi 1er septembre, une "tentative de marketing de l’industrie du tabac", selon le pneumologue Bertrand Dautzenberg, secrétaire général d’Act-Alliance contre le tabac qui rappelle que "ce produit tue la moitié des fidèles consommateurs : ça va faire le cancer 1 % moins cher".

franceinfo : À quoi riment ces baisses de prix très légères ?

Bertrand Dautzenberg : On est vraiment dans des variations symboliques, 1 % de variation. Certains paquets augmentent d’ailleurs et en moyenne les prix ne bougent pas.

"C’est vraiment des tentatives de marketing de l’industrie du tabac pour repasser en dessous des 10 euros, une valeur symbolique pour essayer de maintenir le marché de la cigarette." 

Bertrand Dautzenberg, pneumologue

à franceinfo

Ce produit tue la moitié des fidèles consommateurs, 8 % des hommes en France meurent d’un cancer du poumon lié au tabac et donc ça va faire le cancer à 1 % moins cher.

Les industriels rognent sur leurs marges pour viser les jeunes principalement ?

Oui. L’annonce de cette variation peut créer un petit intérêt pour certaines marques par rapport à d’autres mais c’est une petite guéguerre qui n’a pas d’intérêt et au point de vue santé publique, le tabac continue de tuer. Le tabac qui était un produit phare avec 84 milliards de cigarettes vendues au moment du premier plan cancer, maintenant on en vend 32 à 33 milliards. Il y a une baisse très importante.

"Dans 20 ans il n’y aura plus de cigarettes car personne ne voudra en acheter."

Bertrand Dautzenberg

à franceinfo

Aujourd’hui un Français sur quatre déclare fumer tous les jours. Après plusieurs années de diminution, le nombre de fumeurs est reparti à la hausse l’an dernier. Comment expliquer ce léger rebond ?

Le Covid a beaucoup modifié les choses. On ne pouvait plus aller acheter ses cigarettes en Belgique et quand on regarde les chiffres d’affaires des buralistes, on voit que les buralistes du nord-est de la France par exemple ont considérablement augmenté leurs chiffres d’affaires alors que ceux de Paris ou de Bretagne ont continué à diminuer leurs ventes de cigarettes. En France, 10 à 15 % des cigarettes sont achetées à l’étranger car les prix sont moins chers. Pour ce qui est de la consommation, l’enquête de Santé Publique France a été faite entre les deux confinements dans des conditions pas stables, où les comportements sont partis dans tous les sens et donc il est difficile d’interpréter les chiffres de cette année. On est sur une tendance baissière certaine, la cigarette va être finie, c’est la fin du tabac. Dans 10-15 ans, il y aura moins de 5 % de fumeurs dans les écoles comme c’est déjà le cas aux États-Unis. La fin de la cigarette est programmée, c’est pour cela que l’industrie du tabac se bat avec d’autres produits comme la chicha, qui est aussi toxique et qui tue autant, et en créant des tabac chauffés ou d’autres produits pour essayer de renaître de leurs cendres.

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