"D'un trait de plume" Emmanuel Macron a annulé le "Dry January" en France, dénonce le Fonds actions addictions

L'addictologue Michel Reynaud, président du Fonds actions addictions, estime que la décision du président de la République est motivée par "la pression, la proximité et le besoin de soutenir la viticulture".

Emmanuel Macron lors du Salon de l\'Agriculture, le 24 février 2018, à Paris.
Emmanuel Macron lors du Salon de l'Agriculture, le 24 février 2018, à Paris. (STEPHANE MAHE / POOL)

Ce 1er janvier 2020 signe pour certains le début du "mois sans alcool" avec l'opération dite "Dry January". C'est la première fois qu'une telle initiative a lieu en France, qui est pourtant le troisième plus gros pays consommateur d'alcool au monde. Toutefois, cette action n'est pas soutenue par le gouvernement. L'addictologue Michel Reynaud, président du Fonds actions addictions, a répondu à franceinfo, mercredi 1er janvier.

franceinfo : Avez-vous été surpris par la décision du gouvernement, début décembre, de ne pas soutenir cette initiative ?

Michel Reynaud : Hélas, non ! C'est le président de la République qui a pris cette décision. Il a toujours décidé d'arbitrer en faveur des intérêts de la filière viticole. Là, il a arrêté d'un trait de plume une campagne préparée depuis six mois par Santé publique France et le ministère de la Santé. Tout était prêt. Trois jours avant la sortie officielle de cette campagne, il a décidé qu'il n'y aurait pas de "Dry January" en France. La seule raison à cela, c'est la pression, la proximité et le besoin de soutenir la viticulture. Que la viticulture ait des difficultés, oui, mais ce n'est pas la bonne façon de la soutenir.

Quel est le problème selon vous ?

Là où l'Espagne et l'Italie ont fait le choix de travailler sur l'export et de protéger la santé de leurs concitoyens, la France a fait le choix inverse. Je pense que c'est un mauvais choix. 80% de l'alcool vendu est acheté par 20% des consommateurs, c'est-à-dire les consommateurs excessifs, à risque, problématiques et dépendants. Les dépendants achètent 50% de l'alcool vendu. Il y a un aveuglement sur cette partie-là, sous prétexte du bon vivant, du bon buveur français, on entretient une norme de consommation permanente.

A partir de combien de verres considère-t-on qu'on a un problème avec l'alcool ?

Santé publique France dit deux verres par jour, pas tous les jours. C'est-à-dire, en gros, une dizaine de verres par semaine. Après on peut discuter : un verre, deux verres, trois... L'alcool n'est jamais sans risques, mais il est à risque minime à ces doses-là. C'est un risque considéré comme acceptable, y compris par l'OMS. En revanche, quand on dépasse trois, quatre verres, on commence à avoir des risques et des problèmes de santé et de comportement.

Quels sont les intérêts de participer au mois sans alcool, si on reprend la semaine qui suit le mois de janvier ?

Il y a plusieurs intérêts : il y a des intérêts immédiats sur le cerveau, c'est-à-dire sur le sommeil, la mémoire, le moral. Mais il y a surtout un intérêt d'analyse de ses consommations, et de se dire : "Pourquoi je bois, quand je bois, et comment l'entourage me pousse à boire, quelle est la pression sociale à boire ?"