Tabac : "Le fait de fumer est une maladie chronique comme d'autres maladies"

Patchs, gommes : plus de 300 000 Français achètent ces substituts tous les mois depuis la rentrée.

Boite de patchs de nicotine pour aider les fumeurs vendu en pharmacie.
Boite de patchs de nicotine pour aider les fumeurs vendu en pharmacie. (JEAN-PIERRE AMET / MAXPPP)

Plus de 300 000 Français achètent des substituts nicotiniques (patch, chewing-gum ou gomme à mâcher, pastille, inhalateur…) chaque mois depuis septembre, révèle franceinfo jeudi 29 novembre. Depuis le mois de mai, le gouvernement a instauré le remboursement de ces substituts par la sécurité sociale. Il n'y a plus de plafond et on n'avance plus l'argent en pharmacie. Conséquence, les ordonnances des médecins ont bondi, + 66% par rapport à l'année dernière. "Le fait de fumer est une maladie chronique comme d'autres maladies", a expliqué sur franceinfo Marion Adler, tabacologue.

franceinfo : Le remboursement à 100% est-il une bonne chose ?

Marion Adler : C'était important de considérer que le fait de fumer est une maladie chronique comme d'autres maladies. Quand on est dépendant de l'alcool on a le remboursement des cures, quand on est dépendant d'héroïne on a le remboursement de Subutex. Donc c'était important de considérer qu'il fallait rembourser les traitements d'aide à l'arrêt du tabac. Ce sont les personnes les plus démunies, en général, qui sont le plus addicts et qui avaient le plus besoin d'avoir la bonne dose de nicotine.

Donc le fumeur est un malade ?

Oui, on est dépendant de la nicotine et on fume malgré soi tous les jours et on n'arrive plus à passer une journée sans fumée. C'est un manque de liberté.

Est-ce qu'il n'y a pas un risque d'en faire trop ?

Le risque c'est la cigarette pas la nicotine. La nicotine dans la cigarette c'est la seule chose qui n'est pas dangereuse, mais c'est addictif, c'est ce qui fait qu'on fume tous les jours. Donc, c'est important de savoir que la nicotine n'est pas dangereuse en soi, mais va aider à ne pas souffrir de ce qu'on ressent quand on ne fume pas pendant quelques heures ou quelques jours. Donc, ça permet de calmer la douleur du manque. C'est essentiel. Si vous prenez trop de gommes, c'est comme quand on fume trop pendant une soirée, on a la bouche pâteuse, des nausées, des mots de tête. Si vous mettez trop de patchs vous allez ressentir la même chose.

Les substituts ne font pas tout. Faut-il être accompagné ?

Cela peut aider, mais ce qui est une très bonne chose c'est que les substituts sont en vente libre dans les pharmacies. Donc, les gens peuvent les acheter sans ordonnance et c'est moins cher que d'acheter des cigarettes. Certaines personnes achètent des substituts et arrêtent de fumer sans prescription parce que ça marche très bien. C'est vrai que cela aide mieux si on est accompagné, si on peut aider les gens à gérer chaque moment qui est un obstacle à l'arrêt du tabac.

La cigarette électronique est-elle reconnue comme une aide au sevrage ?

Ce n'est pas un médicament, mais ce que l'on voit chez nos patients, c'est qu'il y a des gens qui sont aidés par la cigarette électronique. C'est quelque chose qui va les aider à éliminer le tabac. Ça peut être associé aux traitements validés comme le patch ou les gommes.