Le captagon, la drogue des djihadistes

Peu avant l'attaque du Bataclan, le 13 novembre 2015, les terroristes ont été aperçus par un témoin, qui les a plus tard comparés "à des morts-vivants", "comme s'ils étaient drogués". La froideur avec laquelle leurs crimes ont été commis s'explique-t-elle, tout au moins partiellement, par la prise de stupéfiants ? L'hypothèse est plausible, les combattants de Daesh recourant fréquemment au captagon, une drogue de type amphétaminique.

Les auteurs des attentats du 13 novembre 2015 ont-ils agi sous l'emprise d'une drogue, ainsi que le suggère un témoignage recueilli par Le Figaro ? Si l'hypothèse n'a pas encore été confirmée par les spécialistes de médecine légale, elle n'en est pas moins plausible, du fait de précédents. Ainsi, lors de l'attentat de la plage de Sousse en Tunisie, au cours desquelles un dénommé Seifeddine Rezgui avait ouvert le feu sur des vacanciers, des survivants avaient rapporté "qu'il souriait et riait alors qu’il venait de commettre son massacre". Selon la presse britannique, l’autopsie du tueur aurait prouvé qu’il était sous l’emprise d’une drogue "afin qu’il ne comprenne pas ce qu’il était en train de faire".

La drogue en question est le captagon, aussi appelé fénétylline (ou fénéthylline). Il s’agit d’un stimulant de la famille des amphétamines qui comprend aussi la métamphétamine, l'ecstasy (MDMA), et la methcathinone. Elle a été classée à la liste des substances stupéfiantes placées sous contrôle international de l'OMS en 1986.

Une substance désinhibante

"Comme tous les neuroexcitants, cette molécule entraîne une résistance à la fatigue et donne l'impression à celui qui la prend qu'il n'a plus de limites. Il est déshinibé et devient capable de passer à l'acte sans crainte de la réaction des autres qui n'existent même plus pour lui", explique William Lowenstein, médecin spécialiste des addictions et président de SOS addictions. "Mais il ne suffit pas de prendre du captagon pour fusiller 38 personnes ! Dans ce cas, la drogue a agi sur un cerveau "préformaté". Généralement, cette substance est utilisée pour ses propriétés dopantes. Dans les années 1960 à 1970, c'était d'ailleurs la molécule la plus utilisée dans le cyclisme."

"La fénétylline entre en interaction avec les mécanismes chimiques à l’intérieur du cerveau et joue sur les circuits de la récompense et du plaisir ", ajoute le médecin urgentiste Gérald Kierzek.


 

Le captagon a été prescrit dans le traitement contre la nacolespsie et l'hyperactivité avant d'être commercialisé en France comme coupe-faim. Mais il a été retiré du marché en 1993 en raison des graves lésions cardiaques qu'il provoquait. "Des jeunes femmes ont subi des transplantations coeur-poumons parce qu'elles avaient voulu perdre 4 kilos !", rappelle William Lowenstein. 

Au Moyen-Orient, le captagon fait l’objet d’un vaste commerce illicite, en raison de la facilité de sa production et de la disponibilité des matières premières. La Syrie serait devenu le principal pays producteur. "Des sites de production y ont été ré-ouverts. Le pays le fabrique avec des normes de sécurité qui laissent à désirer car la fénétylline est coupée avec du talc ou du paracétamol, ce qui est très problématique en terme d’hygiène. Ces produits peuvent en effet avoir des effets secondaires lorsqu’ils sont pris à très grandes doses ", précise Gérald Kierzek.

Selon Reuters (janvier 2014), le gouvernement syrien et les rebelles affirmeraient, chacun de leur côté, que l’autre groupe utilise cette drogue pour supporter les longues heures de combat sans sommeil.