Addictions : "Attaquer le vin c'est attaquer des puissances énormes"

Le vin est-il un alcool comme un autre? Ce tabou français est peut-être en passe d'être levé. Depuis plusieurs jours, la ministre de la santé s'oppose en effet aux défenseurs du vin. Sur le plateau du Magazine de la Santé, le Pr Michel Reynaud, psychiatre, addictologue, a soutenu Agnès Buzyn dans son combat contre les alcooliers.

Dans une tribune publiée jeudi 22 février dans les pages du Figaro, des membres de l’Académie du vin dont certains intellectuels et, plus surprenant, des médecins, comme le Pr Khayat, cancérologue, fustigent la Ministre de la Santé. D’après eux, elle diaboliserait injustement le vin, qui est, selon eux : « une part de la civilisation française ! “

Cette tribune a été rédigée en réaction aux propos d’Agnès Buzyn, qui s’exprimait il y a 15 jours sur les plateaux de France 2. Elle y expliquait que le vin était de l'alcool au même titre que la bière ou les alcools forts. «L'industrie du vin laisse croire aujourd'hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c'est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky… Il y a zéro différence (…) On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu'il apporterait des bienfaits que n'apporteraient pas les autres alcools. C'est faux scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre», a-t-elle affirmé.

  • Dans cette tribune on peut lire, que « les propos émis par le ministre sont inacceptables et inexcusables de la part d'un haut responsable politique français ». Pourquoi tant de haine… ?

Pr Michel Reynaud, psychiatre, addictologue, et président du Fonds Actions Addictions : Parce que c’est le début des escarmouches et des hostilités. Il faut rendre hommage à Mme Buzyn elle a été très courageuse en tenant ce discours de vérité. En France, attaquer le vin c’est attaquer des puissances énormes, et on a déjà vu un certain nombre de ministres y laisser leur place. Après, c’est le début d’une stratégie dans laquelle on va voir arriver toutes les méthodes pour dévaloriser ce qu’a pu dire la ministre, pour essayer de montrer que consommer de l’alcool ne pose pas de problème. Pour le tabac c’est la même chose…

  • Un tel discours ne surprend pas quand il est prononcé par les producteurs de vin. C’est par contre beaucoup plus choquant de la part de médecins, parce qu’il y en a parmi les signataires.

Tous les signataires sont propriétaires de châteaux. Et puis on voit arriver trois grands noms : Jean-Robert Pitt, qui a regretté que les enfants aient arrêté de boire à la cantine et qui organise des croisières luxueuses autour du thème de la vigne. Ils en vivent, tous… Et puis Bernard Pivot, que j’estime énormément, qui est passionnant, mais qui a une propriété viticole et une cuvée à son nom. Il a un frère qui est un grand producteur. Et surtout, le pire, c’est David Khayat qui est cancérologue ! Là encore il y a une espèce d’omerta en France puisqu’on sait depuis des années que l’alcool est un facteur cancérigène. On sait pourquoi. On a montré récemment que c’est le deuxième facteur de risque après le tabac. Un risque facilement évitable. Hier encore sur ce plateau on disait que l’alcool était aussi une cause de démence précoce. Donc l’alcool est le psychotrope le plus dangereux. A côté de ça, c’est un très bon facteur de plaisir. Et le vin fait partie de l’alcool.

  • Le vin est-il aussi dangereux pour la santé que les autres alcools, comme le dit la Ministre ?

Que quelqu’un ose dire qu’il n’y a  pas d’alcool dans le vin ! C’est révoltant de la part de David Khayat qui est un cancérologue. C’est tout à fait répugnant. Il a osé dire et écrire que l’alcool n’était pas cancérigène dans un certain nombre de ses travaux. On sait qu’il est très soutenu par des acteurs du monde de la vigne et du vin. Qu’il a été nommé homme de l’année 2012 par la revue des vins de France. Des liens forts qui sont insupportables quand on soigne des malades atteints de cancers en partie liés à l’alcool.

  • Cette idée vient aussi de certaines études démontrant que le vin consommé à petite dose aurait des effets protecteurs…

C’est faux. Ca été totalement remis en cause dans les études épidémiologiques sérieuses. Dès qu’il y a consommation régulière d’alcool, il y a augmentation du risque. Il faut rappeler que cette augmentation est exponentielle. Qu’à 1, 2, 3 verres on prend des risques modérés, c’est un choix. Mais ce que craignent les alcooliers, c’est que l’on mette une étiquette sur les bouteilles indiquant « l’alcool est dangereux pour la santé ». Il est bon pour le plaisir mais dangereux pour la santé.

Addictions : \"Attaquer le vin c\'est attaquer des puissances énormes\"
Addictions : "Attaquer le vin c'est attaquer des puissances énormes"