Des chercheurs parviennent à réactiver des cellules de cerveaux de porcs morts

Cette étude, qui pose de nombreuses questions éthiques, est très loin de prouver qu'il est possible de ressusciter d'une mort cérébrale.

Un porc à Fontaines (Loire), le 23 août 2012.
Un porc à Fontaines (Loire), le 23 août 2012. (MAXPPP)

Cela pourrait être le début d'un film de science fiction : des chercheurs sont parvenus à rétablir certaines fonctions neuronales dans des cerveaux de porcs morts depuis plusieurs heures, rapporte une étude publiée dans la revue Nature (en anglais), mercredi 17 avril. Cette expérience pose de nombreuses questions éthiques et est très loin de prouver qu'il est possible de ressusciter d'une mort cérébrale.

En effet, les chercheurs de l'université de Yale (Etats-Unis) insistent sur le fait qu'ils n'ont repéré dans les cerveaux étudiés "aucune activité électrique qui serait le signe de phénomènes de conscience ou de perception". "Ce ne sont pas des cerveaux vivants, mais des cerveaux dont les cellules sont actives", assure l'un des auteurs de l'étude. Ces résultats laissent penser que la détérioration des neurones "après l'arrêt du flux sanguin pourrait être un processus de longue durée et non rapide", selon un communiqué de Nature. 

Des cerveaux oxygénés après la mort

Les chercheurs ont utilisé 32 cerveaux prélevés sur des porcs morts depuis quatre heures. Grâce à un système de pompes, ils les ont irrigués durant six heures avec une solution spéciale. Cette solution, un substitut au sang, était conçue pour oxygéner les tissus et les protéger de la dégradation liée à l'arrêt du flux sanguin.

En effet, les cerveaux des mammifères sont très sensibles à une diminution de l'oxygène qui leur est fourni par le sang. Quand l'afflux sanguin est interrompu, le cerveau cesse d'être oxygéné, ce qui l'endommage de façon irrémédiable.

Les résultats ont été frappants : diminution de la destruction des cellules cérébrales, préservation des fonctions circulatoires voire restauration d'une activité synaptique (signaux électriques ou chimiques dans la zone de contact entre les neurones). Selon les chercheurs, cela pourrait aider à mieux comprendre le cerveau, en l'étudiant de façon post-mortem avant qu'il ne se dégrade.

Une nouvelle conception du vivant

Cela pourrait aussi ouvrir la voie à des techniques futures permettant de le préserver après une attaque cardiaque par exemple.

Cela remet en question notre conception de ce qui fait qu'un animal ou un homme est vivant.des scientifiquesdans la revue "Nature"

L'étude pourrait, selon plusieurs scientifiques, remettre en question deux principes. "Premièrement, le fait que l'activité neuronale et la conscience subissent un coup d'arrêt définitif après quelques secondes ou quelques minutes d'interruption du flux sanguin dans le cerveau des mammifères", disent-ils. "Deuxièmement, le fait que, à moins qu'on restaure rapidement la circulation sanguine, un processus irréversible s'enclenche, menant à la mort des cellules puis de l'organe", poursuivent-ils.

Dans un autre commentaire publié par Nature, des spécialistes de bioéthique font valoir qu'un développement de cette technique, appelée BrainEx, pourrait à terme nuire aux dons d'organes. Pour une greffe, les organes sont essentiellement prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale. Si l'on se met à considérer que cet état peut être réversible, comment et quand décider d'un prélèvement d'organes ?