Comment empêcher le rhume des foins de gâcher votre vie

Le 18 mars est la journée française de l'allergie. Et comme vous, quelque six millions de Français subissent chaque année les assauts des rhinites allergiques, dues aux pollens. Mais ce n'est pas une raison pour se laisser abattre. 

Quelque six millions de Français sont touchés, chaque année, par les rhinites allergiques.
Quelque six millions de Français sont touchés, chaque année, par les rhinites allergiques. (IHO / AFP)

Vous fantasmiez ce moment depuis des mois : début mars, quand bien même vous n'en attendiez rien, les nuages se sont dissipés. Un grand ciel bleu s'est déployé, du nord au sud et d'est en ouest. Ô magie des premiers rayons. En un week-end, le décor change. En ville, les terrasses des cafés et les parcs s'encombrent. A la campagne, la nature bourgeonne et s'épanouit sous vos yeux ébahis, baignés de larmes. Et votre gorge se noue ! Votre poitrine se serre quand... Attendez un instant. Vous pleurez, dites-vous ? Et votre gorge ? Elle vous démange ? Au risque de casser l'ambiance : il se peut que vous souffriez d'une allergie saisonnière.

Comme vous, quelque six millions de Français subissent chaque année les assauts du "rhume des foins". Francetv info vous explique comment l'empêcher de vous pourrir la vie.

1Apprendre à reconnaître son ennemi

Ce que vous dira votre conjoint : "Il fallait mieux te couvrir."

Ce qu'il faut répondre : "Sache que l'erreur la plus fréquente consiste à confondre la rhinite allergique (dit 'rhume des foins') et le rhume classique, celui des mois froids et moches. Je te pardonne ton ignorance (car je t'aime)."

Ce que dit l'allergologue : Pour reconnaître la rhinite allergique, suivez les symptômes : "Les éternuements sont plus importants et s'accompagnent de démangeaisons. Le nez, les yeux, les oreilles, la gorge... ça gratte de partout", explique Isabelle Bossé, présidente du syndicat français des allergologues, interrogée par francetv info. "Contrairement au rhume, il n'y a pas de fièvre, ni de symptômes associés, comme les courbatures. Enfin, le nez aura davantage tendance à couler qu'à se boucher. Les sécrétions seront transparentes, puisque c'est de l'eau, poursuit-elle. Rien à voir avec les sécrétions épaisses du rhume viral." Et son charmant camaïeu de vert. Par ailleurs, le rhume viral ne se traîne pas plus d'une semaine, contrairement à l'allergie, qui peut faire sentir ses effets pendant plusieurs mois, selon la durée de la pollinisation ou sa cohabitation avec un pic de pollution.

Car nul virus n'est responsable de votre inconfort. Ce dernier est "lié à l'irritation des muqueuses nasales, elle-même liée à l'inspiration d'allergènes". Comme le poil de chat ou, dans le cas qui nous intéresse, le pollen.

2Lutter contre les préjugés

Ce que vous dit votre conjoint/vos collègues : "Ne t'approche pas de moi, tu vas me refiler ton truc."

Ce qu'il faut répondre : "C'est impossible." Ou (option "théâtre") se moucher dans la nappe/lécher son mug, pour susciter un électrochoc.

Ce que dit l'allergologue : "Il n'y a aucun risque de transmission de la rhinite allergique", confirme Isabelle Bossé. Vous n'êtes pas contagieux et pouvez embrasser vos enfants (même les nouveau-nés) sans prendre plus de précautions que d'habitude.

3Ne pas perdre de temps en automédication douteuse

Ce que vous disent vos parents : "Il me reste du sirop pour la toux de cet hiver, tu devrais en prendre. Il en reste. Prends-le, allez. Prends. Prends. Allez, prends [à l'infini, jusqu'à ce que vous le preniez]."

Ce qu'il faut répondre : "NON. J'AI DIT NON."

Ce que dit l'allergologue : Prescrire des médicaments utilisés pour soigner le rhume viral ne permettra jamais de venir à bout d'une rhinite allergique, confirme Isabelle Bossé. Jamais. En revanche, "votre médecin généraliste peut vous prescrire un traitement de première intention. Car il faut traiter en bloquant les médiateurs de l'allergie. C'est ce que font les antihistaminiques", explique-t-elle. A noter que les antihistaminiques ne pourront pas, à l'inverse, traiter un rhume viral. D'où l'importance d'un bon diagnostic et la nécessité de consulter un spécialiste si les symptômes s'installent durablement. "Dans nos cabinets, nous voyons beaucoup d'enfants qui vont chez leur généraliste tous les 15 jours et se voient prescrire à chaque fois des antibiotiques. Cela ne sert évidemment à rien", se désole la spécialiste.

4Demander à être pris au sérieux

Ce que vous disent vos proches : "Pfff, chochotte."

Ce qu'il faut répondre : "Vous saviez que parmi les six millions de personnes en France qui sont touchées par la rhinite allergique, entre 40 et 60% d'entre elles seront fortement incommodées, voire handicapées par ces symptômes ? Non ? Ah ! "

Ce que dit l'allergologue : "Si vous passez cinq jours par an, chaque mois de mai, à éternuer et à vous moucher, ce n'est pas dramatique : les antihistaminiques feront l'affaire," indique Isabelle Bossé. "En revanche, pour les cas modérés à sévères, soit entre 40 et 60% des personnes concernées, les symptômes peuvent être très handicapants. Parce qu'elles génèrent des arrêts maladie, ces allergies ont un coût. Travailler correctement avec une rhinite explosive, c'est impossible," poursuit l'allergologue, convaincue que ce problème n'est pas pris suffisamment au sérieux.

Sous son nom inoffensif, le rhume des foins peut causer d'importants troubles du sommeil : "Vous êtes très fatigués et vous souffrez d'une diminution de la concentration. C'est très problématique pour les étudiants qui passent leurs examens au printemps", explique-t-elle. Par ailleurs, mieux vaut agir rapidement : "L'évolution naturelle de la maladie, c'est d'aller vers l'aggravation. Elle dure de plus en plus longtemps, avec des crises de plus en plus virulentes qui, dans 30% des cas, risquent d'évoluer vers de l'asthme."

5Prendre toutes ses précautions pour souffrir le moins possible

Ce que dit votre conjoint : "Si tu passes encore une nuit à tousser, je te quitte (pour le canapé)."

Ce qu'il faut répondre : "T'inquiète chéri, je me suis lavé les cheveux."

Ce que dit l'allergologue : En plus d'un traitement adéquat, il existe quelques astuces pour limiter l'impact des pollens sur votre quotidien. "Si possible, éviter de sortir ou d'aérer la maison entre 11 heures et 16 heures. Eviter de faire des pique-niques à la campagne ou de tondre la pelouse", poursuit l'allergologue. Même si, à l'occasion des premiers rayons de soleil, respecter ces commandements relève de la torture. Moins contraignant : l'allergologue conseille de "se laver les cheveux tous les soirs." Car vous ramenez des pollens dans votre tignasse. Puis ils se déposent sur votre oreiller et sont les responsables de vos quintes de toux nocturnes. Inutile en revanche de porter un masque, tempère Isabelle Bossé : "Imaginez si les six millions de Français allergiques aux pollens se baladaient avec un masque sur le nez !" Bonjour la psychose.

Et pour éviter de souffrir l'année prochaine, la spécialiste rappelle qu'"un bilan allergique, sans douleur ni contrainte, permet de savoir exactement quels sont les pollens ou substances qui posent problème." Vous pouvez enfin opter pour la désensibilisation. Une démarche à renouveler chaque année, qui à le mérite de vous éviter pas mal de soucis, notamment avec ces ignorants, pardon, avec votre entourage.