Le docétaxel peut à nouveau être utilisé pour soigner le cancer du sein

Cinq décès au centre de traitement du cancer de Villejuif et à l'Institut Curie en février avaient conduit l'Agence du médicament à suspendre l'utilisation du docétaxel. Une précaution désormais levée, justifiée par une analyse clinique qui "ne permet pas d'incriminer une spécialité particulière de docétaxel".

Qu'est-ce que le docétaxel ?

C'est un traitement adjuvant prescrit pour éviter le risque de récidive des cancers du sein, mais aussi pour soigner ceux du poumon ou de la prostate. Selon l'étude CHAARTED publiée en 2014 et qui a été menée auprès de 790 hommes atteints d'un cancer de la prostate métastasé sur près de six ans, l'incorporation précoce du docétaxel au traitement hormonal standard prolonge d'au moins 30% la survie des patients les plus lourdement atteints (espérance de vie augmentée de 13,6 mois).

Un réel bénéfice donc, comme le rappellent l'Agence du médicament (ANSM) et l'Institut national du cancer (INCa) dans leur communiqué commun : "Le docétaxel et le paclitaxel constituent des options thérapeutiques importantes et ont permis de réduire la mortalité dans de très nombreux cancers, pour certains desquels il n’existe pas d'alternative".

Pourquoi l'ANSM recommandait-elle de ne plus utiliser de docétaxel ?

En 2016, quatre femmes traitées dans le centre de traitement du cancer Gustave-Roussy, à Villejuif, font des chocs septiques. Trois en meurent. Les médecins alertent en août l'ANSM et mettent en cause le générique du Taxotere®, le docétaxel. Même constat chez les praticiens de l'Institut Curie à Paris, où deux patientes, une de 59 ans et une de 72 ans, décèdent.

Le 17 février, l'INCa et l'ANSM avaient recommandé, par précaution, de ne plus utiliser le docétaxel pour les cancers du sein localisés opérables sans métastases. Ils avaient préconisé comme alternative le paclitaxel, déjà utilisé par certains médecins. "On avait modifié nos pratiques, explique le Dr Marc Espié, cancérologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris. Le surcroît de toxicité observé nous avait amenés à utiliser de manière plus importante des médicaments pour stimuler les globules blancs et donc réduire la toxicité du taxotere (princeps du docetaxel)."

L'enquête mandatée par la suite a balayé l'ensemble des indications du docétaxel depuis sa commercialisation en 1996 et jusqu'au 7 février 2017. Elle a permis de recenser 187 cas d'effets indésirables graves sur vingt ans, dont 47 ont conduit à un décès, principalement chez des patients traités pour cancer du sein ou de la gorge. Ces décès sont survenus par entérocolite (complications digestives) ou choc septique entre 1996 et février 2017.

Pourquoi l'ANSM lève sa recommandation de ne plus utiliser de docétaxel ?

"Les résultats des investigations menées par les laboratoires de contrôle de l’ANSM confirment la qualité de l’ensemble des spécialités de docétaxel commercialisées (princeps et génériques) en France", assurent l'INCa et l'ASNM, ajoutant que les investigations menées au niveau européen "ne montrent pas d'augmentation de la fréquence des effets indésirables graves et des décès liés à cette molécule". Des morts rares, "de l'ordre de 1 pour 10.000 patients exposés au docétaxel".

"Nous avions peur qu'il y ait davantage de toxicité liée à un changement dans la formulation du taxotère, détaille le Dr Espié. L'ANSM et l'INCa disent visiblement que ça n'est pas le cas."

Dans un reportage du Magazine de la santé en date du 30 mars 2017, la Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice adjointe de l'ANSM, se voulait rassurante, arguant que les complications survenues en France n'avaient pas été observées dans d’autres pays. Elle émettait alors l’hypothèse d’une différence de pratique ou de posologie dans l'Hexagone. "Le docétaxel a permis d'épargner plus de 3.000 vies", rappelait-elle.

Quelle réponse est apportée face à l'augmentation constatée de la mortalité ?

L’ANSM rappelle que l'utilisation du docétaxel, comme celle "de nombreux autres médicaments anticancéreux", "comporte des risques". Elle recommande donc de "prendre en compte" ces risques et de les anticiper, sans toutefois "priver les malades de ces médicaments efficaces". "L'hypothèse avancée est celle d'individus qui réagissent mal à des molécules dont la gestion nécessite de toute façon des précautions", analyse le Dr Espié, rappelant que "tous les produits utilisés en chimiothérapie ont de toute façon des toxicités importantes".

Pour limiter ces risques, l'INCa rendra en octobre 2017 un "avis d’expert sur la place de ces molécules dans les traitements des cancers du sein infiltrants non métastatiques", ainsi que sur les "conduites à tenir" pour éviter les effets "potentiellement graves" de ces médicaments.