"Le cancer est une maladie sociale, lorsque les traitements sont terminés, on porte les stigmates sociaux", selon la Ligue contre le cancer

À l'occasion de la journée mondiale contre le cancer, le délégué à la mission société et politique de santé de la Ligue contre le cancer a rappelé que cette maladie avait également des conséquences sociales.

Emmanuel Jammes, délégué à la mission société et politique de santé de la Ligue contre le cancer, le 4 février 2019 sur franceinfo.
Emmanuel Jammes, délégué à la mission société et politique de santé de la Ligue contre le cancer, le 4 février 2019 sur franceinfo. (FRANCEINFO)

"Le cancer est une maladie sociale", a tenu à souligner lundi 4 février sur franceinfo Emmanuel Jammes, délégué à la mission société et politique de santé de la Ligue contre le cancer, à l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer. "Lorsque les traitements sont terminés et qu'on va mieux, on porte encore les stigmates sociaux de ce qu'est un cancer", déplore-t-il. Emmanuel Jammes précise qu'on "guérit de plus en plus de cancers en France", mais fait remarquer que vivre avec cette maladie reste "financièrement compliqué".

franceinfo : Qu'est-ce qui fonctionne et qui ne marche pas dans les plans cancer ?

Emmanuel Jammes : Ce qui marche, c'est qu'on guérit de plus en plus de cancers en France. Presque 60% des personnes qui sont atteintes de cancer guérissent de la maladie. C'est un point très positif. Les progrès avancent, la maladie recule. Mais dans le même temps, il y a de plus en plus de nouveaux cas de cancers, la population vieillit. On compte aujourd'hui 400 000 nouveaux cas de cancer par an, c'est 1 100 par jour. C'est 500 personnes qui vont perdre la vie tous les jours et 600 qui vont s'en sortir.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé qu'un rapport d'évaluation du troisième plan cancer lui serait remis en octobre, ce qui permettra de définir les priorités de la lutte contre cette maladie à partir de 2020. Quelles sont aujourd'hui ces priorités ?

Les priorités sont multiples, sur la question de la recherche, du dépistage, de l'accompagnement. Il y a beaucoup de mesures d'accompagnement qui aujourd'hui font défaut pour les personnes qui sont atteintes de cancer. Il faut une meilleure information, une augmentation de ce qu'on appelle le droit à l'oubli, c'est-à-dire qu'au bout d'un certain temps après la fin du cancer, on n'ait plus à déclarer qu'on a été malade. C'est handicapant, le cancer est une maladie sociale. Lorsqu'on est affublé dans sa chair pendant un certain temps, mais que les traitements sont terminés et qu'on va mieux, on porte encore les stigmates sociaux de ce qu'est un cancer. Aller, avec cette case sociale, rechercher un travail, c'est extrêmement compliqué.

Financièrement, est-ce que les malades s'en sortent et est-ce que les aidants ont les conditions pour soutenir quelqu'un qui est malade ?

C'est très compliqué. Pour les malades qui sont atteints d'un cancer, financièrement, c'est très difficile. Il y a l'effet ciseau. Vous avez une baisse des revenus, une augmentation des charges. C'est aussi compliqué pour les aidants, parce qu'eux aussi mettent la main au portefeuille et eux-mêmes se retrouvent en situation délétère où ils n'arrivent plus à joindre les deux bouts financièrement.