L'intelligence artificielle pour aider à prédire des cancers du sein

Un algorithme permet de prédire le risque pour une femme de développer un cancer dans les cinq prochaines années, et ainsi d'ajuster la fréquence de dépistage pour les patientes à haut risque. 

La professeure Isabelle Thomassin-Naggarra à l’hôpital Tenon, à Paris. 
La professeure Isabelle Thomassin-Naggarra à l’hôpital Tenon, à Paris.  (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Chaque année, environ 12 000 femmes meurent du cancer du sein en France. Un algorithme, qui permet d'évaluer le risque pour une femme de développer un cancer du sein dans les cinq prochaines années, est en ce moment à l'étude en Europe. 85 000 femmes, dont 20 000 Françaises sont concernées. 

Un dépistage adapté à chaque patiente

L'ordinateur de la professeure Isabelle Thomassin-Naggara, radiologue à l'hôpital Tenon à Paris, analyse plusieurs facteurs : densité de la glande mammaire, âge de la patiente, antécédents familiaux, et antécédents de biopsie. "En fonction de tous ces éléments le logiciel va nous permettre d’estimer son risque de cancer du sein à cinq ans", explique la professeure.

"Sur cet exemple, on voit que le sein est relativement dense, ce que l’on appelle une densité type C, analyse la professeure Isabelle Thomassin-Naggara. Là, pour cette patiente, son pourcentage de risque c’est 1,4%, c’est une catégorie que l’on considère comme étant à haut risque mais pas à très haut risque et ça nécessiterait de faire des mammographies tous les ans et pas tous les deux ans.  

En France, la règle du dépistage, c'est une mammographie tous les deux ans pour toutes les femmes entre 50 et 74 ans. Mais grâce à cet algorithme qui prédit les risques, les radiologues pourront personnaliser ce dépistage. "Peut-être que pour certaines patientes, il faudrait proposer une mammographie seulement tous les quatre ans, explique la professeure, et par contre, pour d’autres, il faudrait peut-être augmenter la fréquence pour justement avoir moins de cancers de l’intervalle, c’est-à-dire un cancer qu’on découvre entre deux mammographies, et augmenter la fréquence tous les ans."

Une analyse objective

Repérer les femmes qui ont le plus de risque de développer un cancer, et leur proposer des mammographies plus fréquentes, c'est la possibilité de repérer un éventuel cancer très tôt, et donc de multiplier les chances de survie pour la patiente. "Plus on prend une tumeur lorsqu’elle est de petite taille, meilleur est le pronostic, reprend la radiologue. On peut justement proposer des traitements qui soient en plus le moins dégradants possible pour la patiente, donc évidemment, plus on prend les choses tôt, et mieux c’est pour les patientes."  

Un cancer du sein pris en charge tôt, c'est aujourd'hui un taux de survie qui oscille entre 85 et 90%. La professeure Thomassin-Naggara ne voue pas une confiance aveugle à cet algorithme, mais il permet de l'assister. "Finalement ça permet d’avoir quelque chose d’objectif, reconnaît-elle, et ça conforte bien ce que moi, en tant que radiologue j’aurais proposé à la patiente, donc c’est vrai que c’est quelque chose qui est bien quand on est dans des cas un peu limites."

L'intelligence artificielle sera l'un des sujets centraux du congrès mondial du cancer à Chicago, qui s'ouvre vendredi 30 mai. Cette technologie, utile pour prédire le cancer du sein l'est aussi pour le détecter quand il est là. D'autres algorithmes sont testés actuellement pour aider les radiologues à mieux repérer les tumeurs.