CHU de Montpellier : le Conseil d'Etat a arbitré entre les "grandes souffrances" et la "seule chance" d'un enfant leucémique

Le Conseil d’Etat a statué que "c’est aux médecins qu’il appartient de choisir d’administrer un traitement plutôt qu’un autre" au vu de leur bilan.

Les urgences du CHU de Montpellier.
Les urgences du CHU de Montpellier. (ALEX BAILLAUD / MAXPPP)

Le Conseil d’Etat a donné raison au CHU de Montpellier et non aux parents d’un enfant leucémique pour qu’il reçoive des soins palliatifs, indique France Bleu Hérault vendredi 28 juillet 2017. Lucas a 11 ans. Il est atteint d’un cancer, précisément d'une leucémie aiguë lymphoplastique, qui prend naissance dans les cellules souches du sang. Elle a été diagnostiquée en février 2016.

Ses parents ont saisi le Conseil d'Etat pour exiger du CHU de Montpellier un traitement chimiothérapique. L’hôpital en préconise un autre, palliatif. La plus haute juridiction administrative a donné raison à l’établissement hospitalier le 26 juillet.

Les médecins optent pour les soins palliatifs

Après une rémission, l'enfant tombe dans le coma en mai 2016, il est alors admis à l'hôpital la Timone à Marseille, où il est pris en charge par le service de réanimation médico-chirurgicale pédiatrique. Le garçon sort du coma mais son état s'est sérieusement dégradé avec des séquelles neurologiques lourdes, à la fois motrices et cognitives. Il fait alors de la rééducation à l'Institut St Pierre de Palavas-les-Flots (Hérault), des améliorations sont constatées. Mais, en juin dernier, un contrôle sanguin révèle une récidive de la leucémie qui entraîne son admission au sein du CHU de Montpellier.

Le père demande une chimiothérapie en urgence, mais les médecins optent pour les soins palliatifs. La décision est validée par les CHU de Nice et de Marseille lors d'une réunion de concertation pluridisciplinaire interrégionale. Pas d'accord, le père de Lucas demande en urgence le début d'une chimiothérapie curative dont il espère qu'elle soignera son fils. Face au refus du CHU début juillet, il saisit le tribunal administratif de Montpellier en référé qui donne raison aux médecins.

"C’est aux médecins qu’il appartient de choisir d’administrer un traitement plutôt qu’un autre"

Le Conseil d'Etat a donc statué dans le même sens que l'hôpital le 26 juillet, considérant que "c’est aux médecins qu’il appartient de choisir d’administrer un traitement plutôt qu’un autre" au vu de leur bilan. "Le rôle de l'équipe médicale c'est d'évaluer l'état de santé du patient et, du coup, les bénéfices et les risques de chaque traitement possible" explique Julie Durand, directrice de la communication du CHU de Montpellier.

Le juge des référés du Conseil d'Etat rappelle que le litige ne porte pas sur la suspension d'un traitement ou le refus de commencer un traitement mais sur le choix d'en administrer un plutôt qu'un autre. Il souligne que le CHU de Montpellier "a déduit qu’une chimiothérapie curative ne constituait pas le traitement le plus approprié, compte tenu de la très forte probabilité de son inutilité et des grandes souffrances ainsi que des risques élevés qu’il entraînerait".

"Avec le traitement qu'on lui propose, on fait en sorte qu'il meurt doucement"

La décision est incompréhensible pour Maître Françoise Fabiani qui a plaidé pour les parents de Lucas devant le Conseil d'Etat. D'une part, le corps médical n'est pas infaillible selon elle et d'autre part "la chimiothérapie est un traitement assez fort, c'est vrai, mais ou bien Lucas résiste, ça marche et voilà; ou bien effectivement, c'est terminé", estime-t-elle. "Mais, c'était la seule chance qu'il avait, une possibilité qui n'était pas déraisonnable", ajoute-t-elle. Selon elle, "avec le traitement qu'on lui propose, on fait en sorte qu'il meurt doucement".

À ce jour, Lucas est toujours pris en charge à l'hôpital de Montpellier. Maître Fabiani ne sait pas encore ce que va décider son père : "Est-ce qu'il va essayer dans un autre établissement ? Je ne peux pas vous dire."