Cancer du col de l’utérus : un nouveau test de dépistage

Des chercheurs de l’Institut Pasteur ont mis au point un test plus fiable que les tests existants pour dépister le cancer du col de l’utérus. Ce test – en développement – ne sera pas disponible avant plusieurs années.

Le frottis  - qui permet de dépister le cancer du col de l\'utérus - montre des limites. ©Bits and Splits Fotolia
Le frottis - qui permet de dépister le cancer du col de l'utérus - montre des limites. ©Bits and Splits Fotolia

Dans un article publié le 12 août 2019 dans la revue The Journal of Molecular Diagnostics, des chercheurs de l’Institut Pasteur ont présenté un test – baptisé HPV RNA-Seq – pour pour dépister le cancer du col de l’utérus.

Actuellement, ce cancer  - qui entraîne plus de 1 000 décès par an - est mal dépisté. Selon la Haute Autorité de Santé, le taux de dépistage est seulement de 60%.

Deux méthodes de dépistage

Actuellement, il existe deux méthodes pour dépister le cancer du col de l’utérus.

  • l'examen cytologique

Il s'agit d'un frottis, une analyse morphologique des cellules du col de l’utérus pour détecter précocement la présence de cellules anormales qui pourraient évoluer en lésions cancéreuses. « L’interprétation de cet examen est subjective et variable selon les observateurs » précise la HAS. « On passe avec cette méthode à côté d’un certain nombre de cas de pré-cancers et de cancers » confirme Marc Eloit, chercheur de l’unité biologie des infections de l’Institut Pasteur à Paris. cette méthode est recommandée par la HAS sous la forme de deux examens cytologiques à un an d’intervalle pour les les femmes âgées entre 25 et 30 ans.

  • le test viral HPV (papillomavirus humains)

Ce test viral HPV permet de détecter la présence de papillomavirus oncogènes. Les papillomavirus humains sont des virus sexuellement transmissibles. Dans la majorité des cas, ces infections liées aux HPV passent inaperçues et disparaissent spontanément. Mais certains papillomavirus – quand ils « survivent » dans le corps – peuvent entraîner un cancer du col de l’utérus.

Ce test HPV est une méthode moléculaire qui permet la détection des acides nucléiques des génotypes d’HPV à haut risque de cancer (tous ne le sont pas). Cette méthode de dépistage est plus sensible que le frottis, mais elle entraîne beaucoup de sur-diagnostics car la présence de HPV est très fréquente chez les femmes de moins de 30 ans. Un test HPV est recommandé par la HAS tous les 5 ans pour les femmes âgées de plus de 30 ans.

Des examens invasifs inutiles

"Même lorsqu’elles sont associées, ces deux méthodes donnent lieu à de nombreuses colposcopies inutiles, un examen invasif par lequel le médecin recherche visuellement les lésions cervicales” expliquent les auteurs de l’étude.

"Notre test est un nouveau type de test moléculaire qui détecte la présence de tous les virus HPV à haut risque et identifie les marqueurs précancéreux. Il a la sensibilité du test moléculaire classique et y associe une bonne valeur prédictive des lésions, au moins équivalente à celle de la cytologie" explique le chercheur Marc Eloit. Une méthode qui permet donc de réunir les avantages des deux tests actuellement utilisés.

Les chercheurs ont utilisé le test sur des échantillons de 55 patientes, dont 28 étaient porteuses de lésions cervicales dites de “bas grade”, moins susceptibles d’évoluer vers un cancer, et 27 de lésions précancéreuses aussi qualifiées de “haut grade”. La méthode HPV RNA-Seq a permis de détecter le type de HPV parmi les 16 types à haut risque. Cette nouvelle méthode a détecté le virus HPV chez deux patientes de plus et a identifié d’avantage de porteuses de multiples infections par le virus.

Un nouveau test plus fiable

"Par rapport aux dispositifs existants, ce test diminue les faux-positifs et les faux-négatifs. Il est facilement automatisable, donc facile d’usage, résume Marc Eloit. C’est une première étape encourageante d’une nouvelle génération de test mais il ne sera pas accessible au grand public avant plusieurs années" tempère Marc Eloit.

Les femmes devront donc patienter pour en bénéficier. En France, chaque année, près de 3000 nouveaux cas de cancers du col de l’utérus sont diagnostiqués. Les trois quarts des cas concernent des femmes entre 25 et 64 ans. Le cancer du col de l’utérus est le dixième cancer chez la femme par sa fréquence.