Cancer : augmenter le bien-être des patients "peut améliorer le pronostic"

Alors que le congrès mondial du cancer à Chicago doit présenter des innovations pour aider les patients à mieux vivre leur maladie, un médecin français estime que ces "supports de soins" peuvent "améliorer le diagnostic". 

Une patiente. (Illustration).
Une patiente. (Illustration). ( / MAXPPP)

Alors que 380 000 nouveaux cas de cancers ont été détectés en France en 2018, selon l'Institut national du cancer, les cancérologues, réunis en congrès mondial à Chicago jusqu'à mardi 4 juin, vont présenter des innovations en matière de soins de support pour améliorer le bien-être des patients. Le docteur Bruno Raynard, médecin nutritionniste au département de soins de support à l'Institut Gustave-Roussy à Villejuif, affirme samedi 1er juin sur franceinfo, qu'"un certain nombre de données ont montré que l'intégration précoce des soins de support pouvait améliorer le pronostic des patients."

franceinfo : Quels sont aujourd'hui les dispositifs d'accompagnement, et quelle place occupent-ils dans ces thérapies ?

Bruno Raynard : Ces dispositifs partent de l'accompagnement de l'annonce de la maladie cancéreuse, qui est un point évidemment crucial pour les patients. Et puis, tout le long des parcours de soins vont être intégrés des éléments d'accompagnement psychologique, nutritionnel, social, pour pouvoir proposer aux patients et patientes un moyen de s'exprimer et de pouvoir recevoir un certain nombre d'informations dans de meilleures conditions que durant une consultation parfois relativement courte.

Très concrètement : ce sont des psychologues, des temps d'écoute, des groupes de convivialité ?

Il y a un peu de tout. Dans le cadre du dispositif d'annonce, un infirmier formé à ce dispositif va répondre à leurs questions et s'assurer qu'ils ont bien compris le diagnostic, le pronostic, et ensuite la marche du traitement. Cela peut être renforcé ensuite par une prise en charge par un psychologue et par une diététicienne, par une assistante sociale, qui vont apporter des éléments supplémentaires. L'assistante sociale va ensuite, par exemple, s'assurer que tous les droits du patient vont être obtenus, lui permettre de faire les démarches pour son activité professionnelle, éventuellement pour tout ce qui est crédit, pour qu'il n'y ait pas de problèmes financiers pendant les traitements.

Y a-t-il également une importance donnée à l'apparence physique, principalement pour les personnes qui perdent leurs cheveux ?

Effectivement, l'apparence physique nous préoccupe, et pas uniquement du fait de la perte des cheveux, mais aussi lors des interventions mammaires ou éventuellement des chirurgies au niveau de la tête et du cou, lorsque l'on a de grosses reconstructions de la bouche ou de la face, il est très important que des spécialistes de la socio-esthétique puissent intervenir. Cela se fait sur demande du patient, ou en fonction des cas, c'est intégré directement au parcours de soins. Dans le cas des cancers du sein, par exemple, nous avons une socio-esthéticienne qui intervient sur demande. Ce sont des consultations relativement longues qui prennent du temps, pour pouvoir aider la personne à retrouver du plaisir à son apparence, à pouvoir l'aider à adapter son maquillage, son habillement. Ce n'est pas du détail : tous ces éléments préoccupent le patient. Si on arrive à le rassurer et lui apporter le maximum de confort par rapport à ces préoccupations, il va pouvoir conduire le traitement spécifique anticancéreux dans les meilleures conditions possibles.

Depuis quand cet accompagnement personnalisé s'est-il vraiment développé en France ?

Cela fait à peu près une dizaine d'années que l'on travaille énormément sur ce sujet, grâce, aussi, à des études cliniques qui ont été publiées et qui en ont montré le bénéfice sur le pronostic même, parfois. Il y a un certain nombre de données qui ont montré que l'intégration précoce des soins de support pouvait améliorer le pronostic des patients. On essaye toujours de s'inspirer de ce que les autres font de mieux. Aux Etats-Unis, il y a des choses qui ont été faites avant nous et dont nous nous sommes inspirés, en particulier l'intégration précoce des soins palliatifs et des soins de support. Mais il faut aussi dire que nous sommes assez en avance sur pas mal de choses : sur le plan nutritionnel, sur le plan psychologique, depuis bien plus longtemps que les Etats-Unis, l'Allemagne ou les pays scandinaves. Nous sommes en train de développer tout un programme sur l'activité physique, sur les techniques de relaxation.

Cet accompagnement est-il pris en charge financièrement ?

C'est encore un élément qui doit être débattu, puisqu'une partie n'est pas complètement prise en charge. Par exemple, le suivi diététique, lorsqu'il n'est pas fait à l'hôpital, n'est pas pris en charge par la sécurité sociale. Nous travaillons énormément pour que tous ces éléments soient intégrés à des parcours de soins et que tout soit remboursé par la sécurité sociale, puisqu'ils ont démontré leur bénéfice en termes de pronostic et de qualité de vie.