Bébé né d'une greffe d'utérus : "Le défi est de faire bénéficier cette technique chirurgicale à plus de patientes", explique le médecin à l'origine de la prouesse

Le professeur Jean-Marc Ayoubi pense aux femmes ayant "eu une ablation de l'utérus après un accouchement hémorragique, ou les jeunes femmes opérées pour un cancer".

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Radio France
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Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction à l’Hôpital Foch, le 17 février 2021. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Pour la première fois en France, un bébé est né à la suite d'une greffe d'utérus pratiquée sur sa mère. Le nouveau-né a vu le jour la semaine dernière à l'Hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) mais sa naissance a été annoncée mercredi 17 février. La greffe d'utérus à été réalisée en mars 2019 par Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction à l’Hôpital Foch, invité de franceinfo.

franceinfo : Comment avez-vous réussi à aller au bout du processus ?

Jean-Marc Ayoubi : Le protocole de recherche court depuis 15 ans. Depuis trois ans, c'est la dernière phase qui a abouti à la greffe et puis à la naissance qui nous enchante tous. Au-delà de la prouesse chirurgicale, c'est une équipe d'une vingtaine de chercheurs qui a travaillé pendant 15 ans de façon bénévole pour arriver à ces résultats. Sur le plan humain, c'est fabuleux. Nous avions vu 250 patients atteintes du syndrome de Rokitansky, c'est-à-dire l'absence d'utérus à la naissance.

Quels sont les enjeux à présent ?

Le défi, c'est de rendre cette intervention plus facile et réalisable par beaucoup d'équipes. L'idée serait de faire bénéficier cette technique chirurgicale à plus de patientes. C'est l'enjeu, pas simplement pour nous, mais pour toutes les équipes qui travaillent sur ce protocole de transplantation à travers le monde. Il y a une vingtaine d'équipes, on échange nos données, nos expertises. On profite des expériences des uns et des autres pour ne pas répéter les mêmes erreurs ou les mêmes travaux inutilement. On avance tous ensemble.

Comment organisez-vous la possibilité de cette greffe pour d'autres patientes ?

C'est important d'encadrer cette recherche et de peser les risques et les bénéfices. L'accouchement n'est pas un critère, c'est surtout pour la greffe. Nous avons dans notre protocole 10 patientes qui sont atteintes du syndrome de Rokitansky, c'est-à-dire l'absence d'utérus à la naissance. Ces dix greffes doivent être évaluées à la fin de notre protocole. À partir de là, d'autres patientes pourront en bénéficier, à savoir des femmes qui ont eu une ablation de l'utérus après un accouchement hémorragique, ou les jeunes femmes opérées pour un cancer... Il y a beaucoup d'indications qui peuvent être ouvertes ensuite.

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