Appareils dentaires faits maison : "Ils peuvent provoquer la perte des dents", alerte un orthodontiste

La Fédération française d'orthodontie (FFO) s'inquiète de la multiplication de vidéos sur internet expliquant comment fabriquer son propre appareil dentaire.

La Fédération française d\'orthodontie (FFO) met en garde, vendredi 18 décembre, contre les vidéos permettant de fabriquer un appareil dentaire maison.
La Fédération française d'orthodontie (FFO) met en garde, vendredi 18 décembre, contre les vidéos permettant de fabriquer un appareil dentaire maison. (MAXPPP)

Les titres des tutoriels font rêver : "Obtenez un appareil dentaire gratuit et rapidement à la maison", "Faire un appareil dentaire pour cinq dollars"... Vendredi 18 décembre, la Fédération française d'orthodontie (FFO) a mis en garde le public contre la multiplication de vidéos d'adolescents expliquant comment fabriquer eux-mêmes leur appareil dentaire.

Si le phénomène est à la mode aux Etats-Unis, il n'est pas encore répandu en France, mais les professionnels préfèrent avertir : "Ces méthodes sont dangereuses et peuvent provoquer de nombreuses complications", explique Maxime Rotenberg, orthodontiste et membre de la FFO à francetv info.

Trombone, fil de fer et élastique

Pour remédier aux "imperfections" dentaires, des adolescents publient des vidéos montrant comment utiliser des artifices pour aligner leurs dents, obtenir un diastème (un écart entre les incisives) ou au contraire les rapprocher. Trombone, fil de fer, fil de pêche... Tout est bon pour obtenir un parfait sourire

Pour rapprocher ses incisives, la technique la plus répandue consiste à placer un élastique autour ses deux dents pour les rapprocher. Il y a trois ans, l'Américaine Shalom De Sota a montré l'exemple dans une vidéo visionnée plus de 950 000 fois sur YouTube. Trois ans plus tard, elle ne le regrette pas.

Contactée par francetv info, la jeune fille originaire du Massachusetts assure que ses dents "vont très bien". D'ailleurs, si Shalom a eu recours à du "fait maison", c'est plus par nécessité qu'envie : "Je n'avais pas d'argent pour me payer un appareil dentaire car mes parents ne pouvaient pas se payer une assurance santé. J'ai pensé que d'autres personnes pourraient être dans le même cas que moi, et j'ai voulu partager mon idée avec le monde entier." Ses parents trouvent même que son invention est "créative", assure-t-elle. "Ils n'étaient pas inquiets, je ne suis pas bête." Selon elle, Shalom a obtenu le résultat escompté en quelques mois.

"Je dois reconnaître que les jeunes filles qui utilisent cette technique le font avec une certaine habileté, confie Maxime Rotenberg, le problème, c'est qu'il y a aussi de vrais risques d'inflammations et de déchaussement des dents." De plus, s'improviser orthodontiste paraît risqué. "On travaille avec un dynamomètre durant nos études, on étudie le mouvement des dents, leur croissance... Ça ne s'improvise pas !" 

Infection de la gencive et déchaussement des dents 

Parmi les bruits de couloir qui circulent entre orthodontistes, il y a cette histoire d'un grand-père qui, pour remédier à ses incisives trop écartées, les aurait entourées d'un élastique. "Avec la force de l'élastique, les dents se sont rapprochées en rotation, et ont pris la forme de cônes", raconte Maxime Rotenberg. L'histoire veut que, avec la salive, l'élastique soit remonté sur la gencive, y pénétrant jusqu'à "sectionner les fibres qui rattachent les dents à la gencive". Que ce grand-père ait ou non existé, le professionnel met en garde : c'est comme ça que "les dents se mettent à bouger. Au risque de les perdre."

En France, un seul cas a été rapporté par le docteur Jean-Baptiste Kerbrat, médecin stomatologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris ; il s'agissait d'un garçon de 12 ans qui avait perdu ses deux dents après les avoir entourées d'un élastique, rapporte Le Figaro. Contrairement aux Etats-Unis, l'assurance santé et les mutuelles sont accessibles, et permettent d'accéder plus facilement aux soins dentaires. "Je pense qu'il s'agit donc plutôt d'une mode passagère", espère le spécialiste.