Améliorer le quotidien des enfants autistes est "toujours possible, avec une prise en charge éducative et thérapeutique"

Un enfant sur 100 serait atteint d'autisme en France. Laurence Robel, pédopsychiatre, revient sur les causes et la prise en charge de ce syndrome à l'occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l'autisme.

Un jeune autiste utilise un pictogramme pour s\'exprimer durant le déjeuner, dans un institut medico-éducatif français, le 27 mars 2012.
Un jeune autiste utilise un pictogramme pour s'exprimer durant le déjeuner, dans un institut medico-éducatif français, le 27 mars 2012. (AMELIE-BENOIST / BSIP / AFP)

Six cent cinquante mille. C'est le nombre de personnes atteintes d'autisme en France, selon les chiffres de l'association Vaincre l'autisme. Cette pathologie polymorphe, qui toucherait un enfant sur 100 à la naissance, reste pourtant méconnue du grand public. Comment se manifeste-t-elle ? Comment la prendre en charge ?

A l'occasion de la journée mondiale de l'autisme, jeudi 2 avril, francetv info a posé trois questions sur ce syndrome à Laurence Robel, pédopsychiatre au Centre d'évaluation et de diagnostic de l'autisme et des troubles envahissants du développement (Cedat) de l'hôpital Necker, à Paris (AP-HP).

Francetv info : Qu'est-ce que l'autisme ?

Laurence Robel : L'autisme est un trouble neuro-développemental qui apparaît chez l'enfant avant 3 ans. Mais il faut bien comprendre qu'il n'existe pas "un" autisme. Ce n'est pas une maladie, mais un syndrome polymorphe et hétérogène, lié à plusieurs facteurs. Il recouvre des situations cliniques très différentes, que l'on reconnaît toutefois grâce à trois signes communs. ll altère la capacité à communiquer, de façon verbale ou non verbale, et à interagir avec les autres. Il est aussi associé à ce que l'on appelle des "intérêts restreints", presque obsessionnels, qui se manifestent notamment par des comportements répétés.

L'autisme résulte d'une multitude de facteurs combinés : une vulnérabilité génétique, mais aussi des causes environnementales diverses. Pour résumer, il n'y a jamais une cause de l'autisme, mais plusieurs facteurs qui convergent vers un même résultat, une altération du fonctionnement du cerveau.

Peut-on guérir de l'autisme ?

La réponse est compliquée. Le diagnostic définitif de l'autisme peut être posé vers 3 ans, même si des signes cliniques peuvent apparaître dès 2 ans. Dans environ 10% des cas diagnostiqués, sans retard mental, les enfants sortent du spectre autistique entre 3 et 6 ans. Mais il est difficile d'expliquer pourquoi. Si les traits autistiques sont toujours présents après 6 ans, la guérison est peu probable. L'amélioration est en revanche toujours possible, avec une prise en charge éducative et thérapeutique.

En quoi consiste cette prise en charge ?

Elle diffère beaucoup en fonction des pays. En France, on a développé une méthode intégrative : on associe plusieurs disciplines - orthophonie, psychomotricité, techniques comportementales, psychiatrie... -, afin d'offrir un maximum de solutions aux personnes touchées. Le but : permettre aux autistes de mener la vie la plus épanouie possible, même s'ils ont une manière différente de percevoir le monde.

On essaie, en outre, de favoriser la scolarisation d'enfants avec des troubles relativement sévères, afin de développer leurs compétences sociales. Grâce aux nouvelles Unités d'enseignement maternelles pour autistes (UEMA), certains bénéficient ainsi d'un accès plus aisé à des soins intensifs, en restant dans un cadre scolaire le plus ordinaire possible. Ce dispositif peut représenter une avancée significative dans la prise en charge précoce de l'autisme, à condition qu'il soit étendu : pour être intéressantes, ces UEMA doivent être accessibles à un maximum d'enfants.