Aïd-el-Kebir : les sacrifices d'animaux sont "en baisse, la tradition est remise en question"

Les musulmans fêtent à partir de dimanche 11 août et pour trois jours l'Aïd-el-Kebir.

Un fidèle musulman devant l\'abattoir mobile de Sarcelles en région parisienne le 12 septembre 2016.
Un fidèle musulman devant l'abattoir mobile de Sarcelles en région parisienne le 12 septembre 2016. (CHLOE SHARROCK / LE PICTORIUM / MAXPPP)

L'Aïd-el-Kebir, c'est la fête du sacrifice, un moment de partage pendant lequel les familles et les proches se retrouvent pour manger ensemble. Les sacrifices d'animaux sont "en baisse, la tradition est remise en question", a expliqué dimanche 11 août sur franceinfo Florence Bergeaud-Blackler, docteure en anthropologie, chargée de recherche au CNRS et au GSLR (groupe religions société laïcité) de l’Université PSL (Paris-Sciences-et-Lettres).

franceinfo : Comment se passe cette fête ?

Florence Bergeaud-Blackler : Le sacrifice du mouton est tout à fait encadré. Cette pratique doit être exécutée par un abatteur habilité par l'une des trois mosquées en France pour assurer l'hygiène, la sécurité et bien sûr ce que l'on appelle le bien-être animal. L'abattage a lieu soit dans des abattoirs agréés et pérennes, il y en a une centaine, soit dans des structures d'abattages mobiles qui sont mises en place pour l'occasion. Cette année, il y en a 44. Il existe aussi des abattages non contrôlés qui sont donc interdits par la loi, mais dont on ne connaît pas les chiffres.

On estime que 125 000 ovins et 6 000 bovins sont abattus en France dans ces structures pérennes ou mobiles, sous contrôles vétérinaires, chaque année.Florence Bergeaud-Blacklerà franceinfo

Les musulmans alertent cette année encore sur le manque d'abattoirs. Comment peut-on augmenter ce nombre ? Pourquoi est-ce qu'il n'y en a pas assez ?

Cette année, le nombre d'abattoirs ouverts est un peu réduit, probablement parce qu'on est dimanche. La baisse, relative, du nombre d'abattoirs mobiles par rapport à il y a quelques années doit profiter aux abattoirs pérennes qui n'utiliseraient pas pleinement leur capacité d'abattage. D'après le ministère de l'Intérieur, il s'agirait plutôt d'un redéploiement. Il reste bien sûr un problème d'inégalité territoriale. Certaines régions sont mieux loties que d'autres, comme le Sud-Est, alors qu'en Gironde il n'y en a pas du tout.

Qu'en est-il de cette pratique ?

De façon générale, il y a une baisse de la demande musulmane de sacrifice en France. C'est une tradition qui est aujourd'hui remise en question par des autorités religieuses et qui est délaissée par une partie croissante des familles urbaines. Certaines vont acheter de la viande issue d'abattages halal avant la prière. Il y a aussi le développement de pratiques de substitutions. On parle du sacrifice par procuration qui serait en augmentation, de grandes fédérations musulmanes comme l'UOIF ('Union des organisations islamiques de France) appellent depuis de nombreuses années à faire des dons à des structures humanitaires soit en plus, soit à la place du sacrifice. L'organisme va collecter de l'argent et va acheter des moutons vivants à des fermiers dans des pays pauvres du Moyen-Orient. Il va ensuite en distribuer la viande après le sacrifice. Cette opération humanitaire va remplacer le rite.

Pourquoi inciter les musulmans à procéder ainsi ?

Au-delà de la baisse d'intérêt des familles, il y a le fait que l'organisation des rites d'abattages ne rapporte pas grand-chose, ni financièrement, ni en termes d'image aux associations islamiques en France. C'est une opération qui est très difficile, coûteuse à organiser et qui rapporte très peu.

Le marché halal en France se porte-t-il bien ?

Oui, il est en augmentation mais beaucoup plus par diversification des produits. Le marché halal de la viande est relativement stable et il y a de plus en plus de produits qui sont halalisés comme les produits laitiers ou les cosmétiques. Il est indissociablement économique et religieux.