Le Pr Joyeux devant le Conseil de l'Ordre pour éviter la radiation

Il lui est reproché d’alimenter la défiance d’une partie du public envers la vaccination en médiatisant des thèses sans fondements scientifiques 

Henri Joyeux à son arrivée au Conseil national de l\'Ordre des Médecins, ce 24 mai. (photo : F. Gouthière)
Henri Joyeux à son arrivée au Conseil national de l'Ordre des Médecins, ce 24 mai. (photo : F. Gouthière)

Le conseil de l’Ordre des médecins du Languedoc-Roussillon avait prononcé la radiation du Pr Joyeux en juillet 2016, mais cette décision a été suspendue par une procédure d’appel, initiée à la fois par le cancérologue et par le conseil départemental de l’Hérault.

L’audience disciplinaire qui se tenait ce 24 mai au matin au siège du Conseil de l’Ordre offrait l’occasion à Henri Joyeux et au conseil héraultais d'expliquer pourquoi ils contestaient la décision.

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À l'origine de la radiation, deux pétitions "sans nuance"

Selon le représentant du Conseil de l’Ordre, le docteur Jean-Marcel Mourgues, Henri Joyeux a "mis en danger la santé publique […] en faisant douter davantage la population de l'intérêt de la vaccination". Le grief se cristallise autour de deux pétitions publiées sur Internet en septembre 2014 et mai 2015.

La première s'élevait contre une recommandation du Haut conseil de la santé publique – jamais suivie par le gouvernement – préconisant d'abaisser de 11 à 9 ans l'âge de la vaccination contre le papillomavirus pour les filles. La seconde fustigeait le remplacement du vaccin DTPolio trivalent (c'est-à-dire protégeant contre trois maladies, la diphtérie, le tétanos et la polio) par un vaccin hexavalent (protégeant contre six affections).

"Une excommunication"

En première instance, le professeur Joyeux était, de son propre aveu, "venu les mains dans les poches". En appel, il s'est adjoint les services d'un avocat, Me Jean-François Jésus. "Il a fait le choix d'un défenseur dont le patronyme peut amuser, mais j'ai eu le sentiment d'une excommunication, d'une crucifixion avec cette radiation", a assuré l'avocat.

Lors d'une plaidoirie de trois quarts d'heure, Me Jésus s'est appliqué à démontrer que le professeur Joyeux n'était pas un anti-vaccin, mais simplement "contre les excès". "Les vrais anti-vaccins disent qu'ils le trouvent mou", a-t-il déclaré. Son client se serait borné à porter à la connaissance du public, "avec des mots simples", l’existence d’une "controverse scientifique".

Son exposition médiatique mise en cause

Une position contestée par le représentant du Conseil national de l'Ordre, qui a rappelé qu’Henri Joyeux avait relayé des thèses "sans fondements acceptés par la communauté scientifique" dans le contexte "d’une défiance inédite" des Français à l’égard de certains vaccins – reconnaissant que le Pr Joyeux n’était "pas responsable" de cet état de défiance.

Autre grief émis lors de sa courte intervention: "Si le professeur Joyeux a le droit d'exprimer une position personnelle, il devait préciser qu'elle n'est pas validée par la communauté scientifique". "Le public a accès aux informations quelles que soient leur validité, mais pas à la connaissance qui permet de trier le bon grain de l’ivraie", a-t-il souligné. "L’expression de critiques dénuées de nuances" par un médecin jouissant d’une forte exposition médiatique "est délétère [pour la santé publique]".

Le Pr Joyeux promet une prochaine publication sur les sels d'aluminium

Le principal cheval de bataille d’Henri Joyeux est la présence de sels d'aluminium comme adjuvant dans certains vaccins qui, selon lui, auraient des effets néfastes sur la santé humaine aux doses présentes dans les injections. Or, la littérature scientifique plaide très majoritairement en défaveur de cette hypothèse. Au cours de l’audience, Henri Joyeux a déclaré qu’il publierait "très prochainement, avec des collègues internationaux", une étude destinée à étayer ses positions.

Le conseil départemental de l'Ordre de l'Hérault s'est joint à son appel, en jugeant sa radiation "disproportionnée" et "vexatoire" pour un prévenu de 72 ans, retraité depuis 2014, "qui n’a jamais eu de plainte de patients".

La décision devrait tomber dans trois à huit semaines. Le Pr Joyeux pourra de nouveau faire appel de cette décisions devant le Conseil d'Etat. Le cas échéant, cette procédure suspendra à son tour la radiation. 

la rédaction d’Alldodocteurs.fr, avec AFP