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Self-made man, patron secret, homme de réseau... Qui est Jacques Servier ?

Portrait du fondateur des laboratoires du même nom, poursuivi pour "tromperie aggravée" dans l'affaire du Mediator.  

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France Télévisions
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Jacques Servier, le fondateur du groupe pharmaceutique Servier, assiste à la reprise du procès du Mediator, le 21 mai 2013 à Nanterre (Hauts-de-Seine).  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Jacques Servier à nouveau devant les juges. Après un an d’interruption, le premier procès pénal du Mediator a repris, mardi 21 mai, devant le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine). Le fondateur des laboratoires du même nom comparaît pour "tromperie aggravée". Quelque 700 parties civiles lui reprochent de les avoir "délibérément" trompées sur la composition du Mediator, un médicament antidiabétique largement prescrit comme coupe-faim entre 1976 et 2009. Portrait de cet homme vieillissant et énigmatique.

Un industriel venu de "rien"

Jacques Servier, c'est tout d'abord une réussite. A 91 ans, l'homme au visage ridé mais au costume impeccable peut toujours se targuer d'être à la tête du deuxième laboratoire pharmaceutique français. Le groupe, fort de 20 000 salariés et d'une dizaine de filiales, revendique 3,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2012. Jacques Servier se classe, lui, quinzième fortune de France, note le site Challenges.fr

Le rachat pour "trois fois rien" d'un laboratoire à Orléans en 1954 est à l'origine de ce succès. Dès l'année suivante, ce fils d’industriel, docteur en médecine et pharmacie, lance ses deux premières molécules. Il explique, dans son livre Le Médicament et la vie, publié en 2007, avoir succombé à "la magie du médicament". Jusqu'à en bâtir un empire, resté inébranlable malgré l'affaire du Mediator. 

Un homme proche des puissants

Pour cela, Jacques Servier cultive ses réseaux et ne lésine pas sur les moyens. "Le labo, qui collabore avec le CNRS, l'Inserm, l'Institut national du cancer, l'Institut du cerveau, finance ainsi une bonne partie de la recherche française, arrose les revues, les sociétés savantes, dont la très puissante Société de cardiologie", détaille ainsi Le Nouvel Observateur dans un long portrait publié en 2011. Et pour séduire les médecins, tout est permis, du "stylo Montblanc" aux "chèques-cadeaux"

L'homme œuvre aussi pour s'attirer les faveurs de nombreuses personnalités politiques, de Philippe Douste-Blazy à DSK, en passant par Roselyne Bachelot, Xavier Bertrand ou encore Laurent Fabius. Le Figaro évoque le rôle joué par Servier dans "l'embauche de la femme d'un ex-ministre de la Santé" ou l'obtention d'un "poste à l'Organisation mondiale de la santé pour un professeur de médecine connu". Son action est saluée et trouve son point d'orgue en 2009. Cette année-là, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, le décore de la grand-croix de la Légion d'honneur, le grade le plus élevé. 

Un discret à l'image trouble

Si ses connaissances brillent par leur célébrité, Jacques Servier n'en reste pas moins un homme du secret. "Quand on entre chez Servier, on a l'impression de pénétrer au Pentagone. Les boîtes mail sont contrôlées, les BlackBerry, interdits, de peur qu'on nous espionne (...)", confie un cadre du groupe au Nouvel Obs. Et cette culture du silence régit l'entreprise entière, raconte Libération. "Tout est compartimenté, cloisonné. Et rien n'est transparent. (...) Le bénéfice est par exemple un chiffre top secret que personne ou presque ne connaît." 

De quoi faire naître des doutes sur les méthodes du laboratoire. Dès les années 90, le géant pharmaceutique connaît plusieurs affaires. Un de ses produits coupe-faim, l'Isoméride, est d'abord retiré du marché en 1997 en raison de ses graves effets secondaires. Deux ans plus tard, le groupe est accusé d'avoir engagé d'anciens membres des services secrets pour enquêter sur le profil de candidats au recrutement. 

Depuis le début de l'affaire du Mediator, cette image trouble de Servier n'a eu de cesse d'être alimentée. Par ses anciens employés d'abord : citée dans Le Figaro, une ex-visiteuse médicale dénonce les pratiques mensongères du groupe. Par son attitude à l'égard des victimes du Mediator ensuite. "Ce n'est que trois morts", a-t-il ainsi déclaré en 2011, choquant le ministre de la Santé de l'époque, Xavier Bertrand. Sa dernière sortie ne devrait pas redorer son blason : "On s'en fout du procès", a-t-il lâché devant les caméras de BFMTV, huit jours avant la nouvelle audience.

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