Irène Frachon : le procès des laboratoires Servier "met fin à une insupportable attente pour les victimes" du Mediator

Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, s'est dit soulagée, mardi sur franceinfo, après l'annonce du renvoi en correctionnelle de 14 prévenus et 11 personnes morales dont les laboratoires Servier.

La pneumologue Irène Frachon, à l\'origine des révélations sur l\'affaire du Mediator, le 18 novembre 2010.
La pneumologue Irène Frachon, à l'origine des révélations sur l'affaire du Mediator, le 18 novembre 2010. (FRED TANNEAU / AFP)

Les laboratoires Servier et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sont renvoyés en correctionnelle dans l'affaire du Mediator, mardi 5 septembre. Ils sont poursuivis respectivement pour "homicides involontaires par violation délibérée" et "homicides involontaires par négligence". Quatorze prévenus et onze personnes morales sont concernés par ce renvoi. C'est un "immense soulagement", a expliqué Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest et qui avait lancé l'alerte sur le Mediator, mardi soir sur franceinfo.

franceinfo : Quel est votre sentiment ?

Irène Frachon : Un immense soulagement. Cela met fin à une insupportable attente pour les victimes du Mediator qui continuent tous les jours à souffrir, à mourir, à se révolter. Depuis plus de trois ans, les laboratoires Servier enlisent la justice par des recours dilatoires incessants. Et là, heureusement, ce besoin de justice, devenu vital, est en marche.

Est-ce un aboutissement, le prolongement du combat que vous avez mené ?

C'est une étape. C'est l'espoir qu'il y ait enfin la vérité et la justice dans cette affaire, que l'on mette enfin hors d'état de nuire un industriel et qu'on en tire les leçons. C'est l'espoir de rétablir la confiance, mais pour cela il faut ce procès et la justice. On est sur une étape majeure, mais ce n'est qu'une étape.

Est-ce que vous avez été en contact avec des victimes ce mardi ?

Oui, je suis au contact de milliers de victimes depuis plus de sept ans. J'ai reçu pas mal de sms de victimes qui sont bouleversées. Elles savent que sans justice, elles ne pourront jamais reprendre la vie et se réconcilier avec la société qui les entoure. C'est un moment qu'elles attendent. Ce soir, je m'adresse à elles toutes : 'Ayez confiance. L'ordonnance de renvoi, ce sont des documents accablants qui décrivent par le menu 40 ans d'un crime industriel dont vous êtes les victimes. Il y aura une justice, c'est une certitude.'

Est-ce qu'il est important que l'Agence nationale de sécurité du médicament soit aussi renvoyée en correctionnelle ?

Oui, pour des raisons différentes de ce qui amène Servier en justice. L'Agence du médicament est une agence qui doit rétablir la confiance dans la sécurité sanitaire. Pour cela, il faut qu'on tire toutes les leçons du Mediator. En particulier, il faut qu'on mette fin à un système qui fait que le conflit d'intérêt était la norme, et a conduit au drame du Mediator. L'enjeu est fondamental pour que l'Agence retrouve ses prérogatives et la confiance.