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Une vidéo sur les Ouïghours met la Chine face à ses contradictions sur la répression au Xinjiang

Ces images, passées inaperçues en Europe jusqu’à présent, mettent en évidence les traitements infligés par la Chine à la minorité musulmane de l'Ouest du pays.

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Une femme ouighour en Chine, en juin 2019.
Une femme ouighour en Chine, en juin 2019. (GREG BAKER / AFP)

Ces images ont été postées mercredi 18 septembre sur Internet, sur YouTube puis Twitter, sous un compte anonyme baptisé War on Fear, Guerre à la Peur. Peu après, les Australiens les ont repérées, plusieurs experts les ont identifiées comme plausibles, et la classe politique australienne s’en est emparée ce dimanche 22 septembre. Que voit-on sur ces images, tournées de haut, par un drone, tantôt en plan large, tantôt en plan resserré ?

400 hommes enchaînés

Nous sommes sur le quai d’une gare, visiblement à la campagne. Sur ce quai, tournant le dos au train, 400 à 500 prisonniers sont agenouillés, les yeux bandés, le crâne rasé ; pour la plupart ils portent une chasuble bleue violette, et ils sont enchaînés les uns aux autres. Des dizaines de gardes les font lever, et partir en rangs serrés vers des camions qui attendent à la sortie de la gare. Ce sont des images impressionnantes.Les experts australiens estiment, en ayant examiné l’orientation du soleil et la végétation, qu’elles ont été tournées près de la ville de Korla. Nous sommes donc bien dans cette vaste région du Xinjiang, où les Musulmans Ouighours font l’objet d’une répression féroce.  

Plus d'un million de détenus

Et ces images viennent contredire la propagande chinoise sur le sujet. Si l’on en croit Pékin, tout est normal dans cette région. Les autorités chinoises organisent régulièrement des voyages de presse soigneusement orchestrés pour montrer leur vérité à un poignée de journalistes. Selon Pékin, les détenus Ouighours sont soupçonnés de terrorisme et ils sont essentiellement placés dans des camps de rééducation où ils font du sport. Mais les témoignages recueillis par les ONG abondent pour démontrer qu’on est bien en présence d’une version chinoise des anciens goulags soviétiques. Entre 1 million et 1 million et demi de Ouighours se trouveraient aujourd’hui dans plus de 150 camps de détention. Ça représente 1/7ème de cette population musulmane qui depuis de longues années cherche à résister culturellement à l’ethnie des Hans, majoritaire en Chine mais minoritaire au Xinjiang. Cette vaste région située à l’Ouest de la Chine occupe une position stratégique dans les projets de « Nouvelles routes de la Soie ». C’est aussi pour ça que Pékin ne fait pas dans la demi-mesure.  

L'un des drames du 21ème siècle

Et cette vidéo commence à susciter des réactions. En Australie, la ministre des Affaires étrangères Marise Payne, parle d’images « profondément troublantes ». Et il est probable que le sujet soit abordé à l’Assemblée générale de l’ONU. Déjà, il y a deux mois, les pays occidentaux et le Japon ont demandé des explications à la Chine. Le patron de la diplomatie américaine Mike Pompeo veut soulever le sujet devant les Nations Unies : il estime que la répression contre les Ouighours est en train de devenir l’un des drames du 21ème siècle. Alors les Etats-Unis ont sans doute des arrière-pensées, compte tenu de la bataille commerciale qui les oppose à la Chine, mais ça ne change pas grand-chose au constat. Ces images renforcent les présomptions très fortes d’une gigantesque opération de répression au Xinjiang.

Une femme ouighour en Chine, en juin 2019.
Une femme ouighour en Chine, en juin 2019. (GREG BAKER / AFP)