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Taiwan, hors de l'OMS, mais à la pointe de la lutte contre le coronavirus

A mesure que la crise sanitaire se développe, certains pays semblent avoir adopté des stratégies plus efficaces que d’autres. Exemple éloquent : Taiwan, un des pays les moins touchés, en dépit de sa proximité avec la Chine.  

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A Taipei, la capitale taiwanaise, le 18 mars 2020
A Taipei, la capitale taiwanaise, le 18 mars 2020 (SAM YEH / AFP)

Situé à moins de 200 km des côtes chinoises, l’archipel de Taiwan est un territoire officiellement revendiqué par la Chine, qui le considère comme une de ses provinces, et n’est donc pas reconnu en tant qu’état à part entière par les Nations-Unies. Les échanges entre les deux sont soutenus : un million et demi de taïwanais vivent en Chine, trois millions de Chinois se rendent chaque année à Taiwan. Malgré ces liens et cette proximité, Taiwan semble parvenir à contenir l'épidémie. Dimanche 15 mars, le bilan officiel faisait état d’une soixantaine de cas répertoriés et d’un décès, pour 23 millions d'habitants.   

Les leçons de la crise du SRAS

Cette situations’explique par une ultra-réactivité, liée, en premier lieu, à une forme de défiance envers les informations données par la Chine. Dès les premières rumeurs d'une grippe inconnue à Wuhan, Taiwan s’est montré très vigilant et a aussitôt mis en place un filtrage drastique des voyageurs en provenance de cette ville, avec mise en quarantaine. Fin décembre, lorsque la Chine a enfin communiqué ses premières informations à l’OMS, Taiwan avait ainsi de son côté déjà enclenché un plan d'urgence. Le résultat de l’expérience acquise par Taiwan lors de deux crises majeures, le SRAS en 2003 et le H1N1 en 2009. La crise du SRAS – qui a occasionné de nombreux morts à Taiwan – a crée un véritable traumatisme dans l’archipel, qui n’a pu à l’époque bénéficier d’un suivi particulier des institutions internationales, telles l’OMS puisque, sous la pression de Pékin, Taïwan n’a en effet même pas accès au statut d'observateur indépendant dans cette institution. Tirant les leçons de cette crise, Taiwan a repensé ses infrastructures en prévision de futures épidémies. Il a ainsi mis en place un centre de commandement central activé en cas de crise, qui regroupe des autorités scientifiques et politiques et dont le pouvoir décisionnel surpasse certains ministères pour agir au plus vite. Une liste d’une centaine de mesures, couvrant tous les domaines, de l’éducation à  l’économie en passant par l’information a été dressée.

Une traçabilité très poussée des malades

Cela se traduit en premier lieu par la réponse sanitaire : dépistage massif et rapide, traçabilité intense des malades, avec exploitation des données numériques de façon très intrusive, certes, mais couverte par un dispositif législatif d’exception prévu dans ces circonstances. Comme en Corée du Sud, où la courbe des contaminations semble se maîtriser, la population est notifiée par texto des nouveaux cas détectés, afin de pouvoir détecter au plus tôt de nouveaux foyers épidémiques. Des politiques publiques, faites à la fois de contraintes mais aussi de transparence de la part de l’état, associant pleinement les citoyens à ses décisions, dont Taiwan regrette que l'OMS ne se soit pas vite inspirée à cause du blocage appuyée de la Chine. Les résultats, pourtant, semblent là. Des résultats aussi largement dus au civisme que des Taiwanais pour qui la vie continue aujourd’hui sans confinement.    

A Taipei, la capitale taiwanaise, le 18 mars 2020
A Taipei, la capitale taiwanaise, le 18 mars 2020 (SAM YEH / AFP)