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Raz de marée électoral au Chili pour tourner la page de la dictature Pinochet

Dans ce pays d'Amérique du Sud, un référendum visant à valider le principe de la rédaction d’une nouvelle Constitution a été adopté hier à 78%. C'est la conséquence d'une forte mobilisation sociale et une page d'Histoire qui se tourne.

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Des partisans de la réforme de la Constitution à Santiago, le 25 octobre 2020.
Des partisans de la réforme de la Constitution à Santiago, le 25 octobre 2020. (PEDRO UGARTE / AFP)

C’est le premier succès concret d’un énorme mouvement social qui a secoué le Chili il y a pile un an, avec plus d’un million de manifestants dans les rues de la capitale Santiago. C’est l’un de ces nombreux mouvements sociaux à avoir secoué la planète l’année dernière, au Liban, en Algérie, en Irak, etc. Toutes ces révoltes ont été stoppées net par l’épidémie de coronavirus. Les pouvoirs en place se sont d’ailleurs souvent servis de ce prétexte pour mettre la contestation sous l’éteignoir.   Au Chili, les 18 millions d’habitants ont d’ailleurs dû patienter six mois. Puisque ce référendum, l’une des principales demandes des manifestants, était initialement prévu en avril, puis reporté pour cause de Covid. Le vote a donc finalement eu lieu ce 25 octobre, c’est le début du printemps au Chili, et l’épidémie reflue un peu, après avoir fait 14 000 morts dans le pays. Le scrutin s’est déroulé dans le calme. Plus de 50% de participation. Et le résultat est sans appel; il a déclenché plusieurs scènes de liesse à Santiago.

La fin du tout privé

Concrètement, cela veut dire que la Constitution actuelle, vieille de 30 ans, va partir à la poubelle et c’est un symbole considérable, parce que c’est un héritage de la dictature. À ce titre aussi le vote de ce 25 octobre est un événement. La Constitution actuelle avait en effet été adoptée pendant la dictature de Pinochet. Et la chute du général à la fin des années 80 n’avait pas entrainé de modification du texte. La particularité de cette Constitution, c’est d’avoir été élaborée sous la houlette des "Chicago Boys", une école de pensée économique américaine en faveur du tout privé. Education, accès à la santé, régimes de retraite, tout au Chili privilégie le recours au privé. Avec par voie de conséquence l’un des systèmes sociaux les plus inégalitaires au monde, qui favorise les plus riches et surtout le maintien au pouvoir des franges les plus aisées et conservatrices qui soutenaient la dictature. C’est pour ça que les manifestants réclamaient ce référendum, dans l’espoir d’obtenir une nouvelle Constitution, plus équitable, avec un champ d’intervention plus large des pouvoirs publics.    

Une Convention constituante avec 155 citoyens

C’est le chantier qui s’ouvre maintenant: rédiger la nouvelle Constitution. Et les électeurs hier, ont aussi choisi la méthode. Dans les mêmes proportions, à 79%, ils ont voté pour la création d’une Convention constituante qui sera formée de 155 citoyens. On se croirait à la Révolution française. L’alternative, c’était une Convention dite mixte avec la participation des partis politiques établis. Pas question ont donc répondu les Chiliens dans un élan très "anti partis". Maintenant, il va falloir élire les 155 citoyens en question: ce sera en avril. Ensuite, les élus rédigeront la nouvelle Constitution, qui sera elle-même soumise à nouveau référendum, dans un an et demi au plus tard. C’est quand même un processus démocratique assez exemplaire. Sauf que d’ici là, la tension sociale pourrait bien repartir au Chili, notamment sur la question des retraites.    

Des partisans de la réforme de la Constitution à Santiago, le 25 octobre 2020.
Des partisans de la réforme de la Constitution à Santiago, le 25 octobre 2020. (PEDRO UGARTE / AFP)