Quel avenir pour la mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan ?

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Aide humanitaire contre droits de l’homme. C'est le dilemme qui se pose aujourd'hui aux Nations unies en Afghanistan.

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Radio France
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Le logo des Nations unies devant les bâtiments de son siège à New York. Photo d'illustration. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le Conseil de sécurité de l'ONU se décide vendredi sur l’avenir de la MANUA, la mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan. Le mandat de cette structure de l'ONU, présente depuis vingt ans en Afghanistan, arrive à son terme. Créée en 2002 après le départ des taliban, la MANUA a en fait pour mission principale de protéger l'état de droit en Afghanistan, de protéger les droits humains et plus spécifiquement les droits des femmes, et d'encourager la réconciliation nationale. Ce mandat est chaque année révisé et réadapté aux besoins du pays.

Avec l'arrivée des talibans, la donne s’est compliquée : le conflit a forcé des centaines de milliers de personnes à fuir leur foyer. Dans ce chaos politique et à l'approche du froid, les besoins humanitaires s'annoncent colossaux et plus que jamais essentiels. Mais la position de la communauté internationale est délicate : comment agir au mieux quand il faut désormais composer avec les talibans, de facto maîtres de l’Afghanistan ?

Maintenir l'aide humanitaire implique un dialogue avec les talibans

Ne pas renouveler ce mandat signifierait abandonner les populations civiles et trahir tous les fondamentaux des Nations unies. Le renouveler en l'état n'est pas possible au risque de cautionner - sans levier de pression - la politique des talibans. Lundi dernier, alors que les Nations unies discutaient de la mise en œuvre d'un énorme plan humanitaire pour l'Afghanistan, son secrétaire général Antonio Gutteres s'est montré très clair : l'aide humanitaire est essentielle et pour qu'elle puisse être mise en œuvre, il n'y a pas le choix, il faut dialoguer avec les talibans. Surtout, ajoute-t-il, cette aide peut être un moyen de peser sur les talibans, en les obligeant à tenir leurs engagements internationaux, à commencer par le respect du droit des femmes.

Les Nations unies demandent en effet un accès inconditionnel à toute la population. Ce qui veut dire, concrètement, que les talibans garantissent à l'ONU l'accès à n'importe quelle zone du pays, y compris celle qui pourraient se rebeller contre eux. Cela veut dire tout aussi concrètement aucune entrave pour le personnel humanitaire. Et dans ce personnel, des femmes, bien sûr... Des pourparlers que des représentants des Nations unies ont amorcé cette semaine avec le chef des renseignements des talibans.

Le calcul n'est pas mauvais dans le sens où les talibans sont en position de "demandeurs". Ils le répètent, ils ont besoin de l'aide internationale. L’Afghanistan fait face à de très graves difficultés économiques et sociales, et ils ne pourront pas diriger sans que rien ne soit fait pour soulager l'urgence humanitaire. Mais les ONG, elles, tirent la sonnette d'alarme : utiliser l'humanitaire comme moyen de pression est une violation du droit humanitaire le plus basique, car ça serait conditionner l'aide humanitaire à des fins politiques, en prenant les populations en otage.

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