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Qatar : des femmes dans une délégation de talibans pour les négociations de paix

Le Qatar accueille à nouveau des négociations de paix sur l’Afghanistan.

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La ville de Doha au Qatar, ici le 4 octobre 2012, accueille les négociations.
La ville de Doha au Qatar, ici le 4 octobre 2012, accueille les négociations. (PATRICK BAZ / AFP)

C'est une première : il y a des femmes dans les deux délégations ! Du côté des autorités afghanes, près de 50 femmes sont attendues (sur une délégation de 250 personnes). Côté talibans, on ne connaît pas le nombre, mais le porte-parole du mouvement a confirmé que plusieurs femmes siègeraient également de leur côté de la table. Ce nouveau round de discussions doit durer trois jours, jusqu’au dimanche 21 avril.

C’est une avancée potentiellement importante dans ces longues négociations qui visent à mettre fin à 18 ans de guerre, avec des dizaines de milliers de morts dans ce pays de 38 millions d’habitants. Depuis 2001 et la fin du règne rétrograde des talibans, les droits des femmes ont beaucoup progressé en Afghanistan. Mais le risque est élevé de voir ces droits faire les frais d’un accord de paix. C’est un signe d’ouverture de la part du mouvement intégriste qui contrôle quand même la moitié du pays. Pour la première fois, les talibans semblent prêts à négocier sur ce sujet, et ils se disent aussi disposés à accepter la scolarisation des filles. C’est donc un point de blocage majeur qui pourrait être levé, même si ces négociations ne sont pas officielles.  

Vers un retrait militaire américain

Il y a plusieurs échelons de négociation, entre Afghans d’une part, entre les États-Unis et les talibans d’autre part. Et sur ce deuxième point, les discussions ont progressé depuis janvier dernier. Depuis que l’un des principaux dignitaires du mouvement islamiste, le mollah Abdul Ghani Baradar, est entré dans la négociation, directement avec l’émissaire américain Zalmay Khalilzad.

Plusieurs réunions ont eu lieu au cours des dernières semaines. Et on s’oriente vers un donnant-donnant : d’un côté, la confirmation du retrait progressif des 14 000 soldats américains présents sur le sol afghan - peut-être d’ici un an et demi - et de l’autre côté, un cessez-le-feu et un engagement formel des talibans à couper les ponts avec les organisations terroristes type Al Qaïda. Il y a donc un petit espoir que ces discussions aboutissent enfin, d’autant que l’ONU a accepté il y a quelques jours de lever les sanctions financières qui frappaient les principaux négociateurs des talibans. Mais en attendant, les combats continuent. Ils ont même repris la semaine dernière avec ce que les talibans appellent "l'offensive de printemps".  

Une élection présidentielle encore reportée

Dans cette affaire, le gouvernement afghan est un peu le grand absent. Il faut dire que sa légitimité est assez faible, et qu’il est fortement soupçonné d’être rongé par la corruption. C'est pourquoi les talibans refusent de dialoguer directement avec lui. C’est aussi pour cette raison que ces négociations sont non officielles. Les représentants du pouvoir central de Kaboul ne sont pas censés le représenter, ils ne peuvent échanger avec les talibans qu’à "titre personnel". C’est également pour cela que l’élection présidentielle vient d’être à nouveau reportée dans le pays. Initialement, elle devait avoir lieu en avril 2019, puis il a été question de juillet. Maintenant, on parle de fin septembre. Le temps, peut-être, que les négociations aboutissent enfin.    

La ville de Doha au Qatar, ici le 4 octobre 2012, accueille les négociations.
La ville de Doha au Qatar, ici le 4 octobre 2012, accueille les négociations. (PATRICK BAZ / AFP)