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Nous sommes à 100 secondes de l'Apocalypse

Comme chaque année à la fin janvier depuis 1947, un comité de scientifiques américains vient de dévoiler l’horaire de cette l'horloge (virtuelle) de l'Apocalypse. Et selon eux, on n’a jamais été aussi près de la fin du monde.  

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Un paysage dévasté par les incendies en Australie.
Un paysage dévasté par les incendies en Australie. (PETER PARKS / AFP)

C’était le 23 janvier au soir à Chicago. Verdict de ces scientifiques : il est minuit moins 100 secondes, une minute quarante secondes avant la fin du monde. C’est une image évidemment, qui se veut un signal d’alarme. Jamais depuis 1947, ces scientifiques du Bulletin of Atomic Scientists, qui compte 13 prix Nobel, n’avaient jugé le délai aussi court, le risque aussi grand. C’est d’ailleurs la première fois qu’ils expriment le danger en secondes. Auparavant c’était en minutes, Minuit moins deux l’an dernier. Cette estimation annuelle du risque a donc débuté juste après la Seconde Guerre mondiale, mise en place par des scientifiques qui voulaient alerter sur le risque nucléaire. Depuis ils livrent leur verdict chaque année. La situation s’est améliorée au début des années 90, avec la fin de la guerre froide et l’éclatement du bloc soviétique. Il était alors minuit moins 17 minutes. Mais ces dernières années, leur inquiétude ne cesse de croître, et l’horloge de se rapprocher de minuit, symbole de l’Apocalypse.  

L'inaction politique face à la menace climatique

Cette année ils insistent d’abord, et c’est là le fait nouveau, sur la menace climatique : incendies géants en Australie et au Brésil, fonte de la banquise, etc.   Les prix Nobel saluent la mobilisation des sociétés civiles, en particulier des jeunes, mais ils critiquent vivement l’inaction des politiques : "Ils font des beaux discours à la tribune de l’ONU, mais ils ne font pas grand chose au bout du compte". Voilà en substance ce qui est écrit dans le compte rendu. Les scientifiques critiquent aussi le recours aux fausses informations sur le sujet, y compris de la part des gouvernants : Donald Trump n’est pas cité nommément, mais l’allusion est claire. Cela dit, cette attention portée à la menace climatique n’est pas du goût de tout le monde dans la communauté scientifique. Dans le Wall Street Journal cette semaine, un ancien membre de ce Bulletin of Atomic Scientists parle de dérive. Il estime que l’Horloge de l’Apocalypse devrait prendre en compte exclusivement la menace nucléaire. Parce que seul le nucléaire peut rayer tout le monde de la carte en quelques minutes.  

La relance de la prolifération nucléaire

Cela dit la menace nucléaire est également pointée du doigt dans le rapport avec là aussi une dégradation par rapport à l’an dernier. C’est lié d’une part au dossier nucléaire iranien : les prix Nobel soulignent que l’Iran s’est rapproché de la bombe, en reprenant comme on le sait l’enrichissement de l’uranium. Et c’est lié d’autre part à l’abandon par les Etats-Unis et la Russie du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire et le début d’une nouvelle course aux armements. L’ancien secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon, qui accompagnait les scientifiques jeudi soir, a souligné combien l’échec du multilatéralisme empêche de faire face à ces menaces. Le plus inquiétant, conclue le rapport, c’est donc l’absence de solutions.    

Un paysage dévasté par les incendies en Australie.
Un paysage dévasté par les incendies en Australie. (PETER PARKS / AFP)