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Le Japon va entrer dans l'ère Reiwa

Quasiment toute la population japonaise s'est arrêtée de vivre pour écouter l'annonce officielle dévoilant le nom de la nouvelle ère impériale.

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Annonce à la télévision japonaise du nom de la nouvelle ère impériale, \"Reiwa\", le 1er avril 2019.
Annonce à la télévision japonaise du nom de la nouvelle ère impériale, "Reiwa", le 1er avril 2019. (KAZUHIRO NOGI / AFP)

Il était 11h30 à Tokyo, 2h30 du matin en France, lundi 1er avril lorsqu’a été dévoilé le nom de la nouvelle ère, qui débutera dans un mois, le 1er mai, à l’occasion du changement d’empereur : Akihito se retire et cède la place à son fils Naruhito. Et pour les Japonais, le choix de ce nom est d’une importance inimaginable pour des Occidentaux. Après des mois de discussions entre experts, le double idéogramme a donc été dévoilé par le porte-parole du gouvernement. Et partout, dans les gares, les aéroports, les lieux publics, les lieux de travail, le pays s’est arrêté pendant plusieurs minutes, pour découvrir le nom mystérieux. La nouvelle ère s’appellera donc "Reiwa" et s'incarne en deux idéogrammes japonais, deux kanjis. Rei, d’abord, ça veut dire "espoir", "bonne chance". Et Wa, ça veut dire "harmonie". Aussitôt le secret levé se sont déclenchées des éditions spéciales sur les chaines de télévision, des tirages spéciaux des grands titres de presse écrite, et la mise en fabrication de nouveaux calendriers, de nouvelles pièces de monnaie, sans compter les documents administratifs et scolaires. Tout doit être prêt pour le 1er mai. Le délai est court. Certains experts craignent même un bug informatique !  

La 249e ère impériale de l'Histoire

Cette notion d'ère d’abord, c’est une tradition très ancrée, un symbole de la maîtrise du temps par le pouvoir. Et le "Gengo", l’ère en japonais, est toujours symbolisée par deux syllabes, deux idéogrammes. "Reiwa" sera la 249e ère de l’Histoire du Japon. Il y a un changement d’ère systématique au moment des successions d’empereur (il y en a eu 150 depuis 14 siècles). Et on change également d’ère quand on veut changer l’état d’esprit du pays parce que ça peut avoir un impact sur le moral des Japonais. Il y a des ères très célèbres, par exemple Meiji à la fin du XIXe siècle, la grande période de l’ouverture à l’Occident. A l’origine, c’est une tradition importée de Chine, mais désormais le Japon demeure le seul pays au monde à conserver ce système. Et c’est un repère dans la vie des gens. Par exemple si vous êtes Japonais, et que vous avez un enfant aujourd’hui, vous ne direz pas "il est né en 2019" mais il est né en Heisei 31, 31e année de l’ère Heisei qui va s’achever dans un mois.  

Nationalisme et pruniers en fleurs

C’est une tradition, mais ça bouge quand même aussi un peu. Pour la première fois dans l’Histoire, le double mot choisi, "Reiwa" ne vient pas du chinois, mais d’un très vieux poème japonais sur les pruniers en fleurs. Ça fait écho au nationalisme revendiqué du Premier ministre Shinzo Abe. Ensuite, ce changement d’ère va donc s’effectuer à l’occasion d’une abdication, pour la première fois en deux siècles. D’habitude, l’empereur reste en place jusqu’à la mort. Et enfin, au fil des ans, ce calendrier traditionnel est de plus en plus contesté. Plus d’un tiers des Japonais lui préfèrent dorénavant le calendrier grégorien occidental.

Annonce à la télévision japonaise du nom de la nouvelle ère impériale, \"Reiwa\", le 1er avril 2019.
Annonce à la télévision japonaise du nom de la nouvelle ère impériale, "Reiwa", le 1er avril 2019. (KAZUHIRO NOGI / AFP)