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La colère des Éthiopiens d'Israël contre le racisme

Israël est confronté depuis lundi à des émeutes de rue, qui n’ont rien à voir avec le conflit israélo-palestinien. Elles sont le fait de la minorité éthiopienne du pays qui dénonce le racisme de la police.    

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Des manifestants éthiopiens, à Haifa (Israël), le 3 juillet 2019.
Des manifestants éthiopiens, à Haifa (Israël), le 3 juillet 2019. (MENAHEM KAHANA / AFP)

C’est assez impressionnant et ça a pris Israël par surprise. Autant le pays est habitué aux attentats ou aux affrontements avec les Palestiniens, autant les émeutes urbaines ne font pas partie du paysage politique. C’est pourtant bien de cela dont il s’agit, tous les soirs depuis le 1er juillet : les juifs en provenance d’Ethiopie (ils sont près de 150 000) manifestent leur exaspération.

Barrages sur les routes, pneus incendiés, poste de police attaqué avec des cocktail molotov, face à face très tendus avec les forces de l’ordre, défilés aux cris de "Justice", graffitis dénonçant la "police raciste", et d’énormes embouteillages à la clé sur plusieurs axes routiers, ce sont des scènes rarissimes en Israël.

De nombreuses villes sont touchées : Tel Aviv, Ashdod, Kyriat Haim. Les incidents ont été violents, particulièrement mardi 2 juillet au soir. Mercredi, c’était plus calme, mais les violences risquent de recommencer. La police a d’abord laissé faire, puis elle a fini par répliquer en utilisant des gaz lacrymogènes. 136 personnes ont déjà été arrêtées, et la police affirme compter 111 blessés dans ses rangs.  

Une mort dans des conditions suspectes

C’est la mort, dimanche 30 juin au soir, d’un jeune homme de 18 ans qui a mis le feu aux poudres. Il s’appelait Solomon Tekah. Il a été tué dans sa ville de Haïfa, par un policier en civil, qui n’était pas en service.

Les forces de l’ordre affirment qu’il s’agit d’un accident : le policier serait intervenu pour s’interposer dans une rixe, il aurait dégainé son arme, et la balle aurait ricoché sur le sol pour atteindre le jeune homme. La version de la famille est très différente et plusieurs témoins évoquent un meurtre.

Le policier a été simplement assigné à résidence, et cette décision, relativement légère, a déclenché les émeutes. La famille appelle au calme. Le premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a réuni son cabinet en urgence mercredi 3 juillet au soir, a fait de même. Mais la situation semble volatile, parce que ces jeunes d’origine éthiopienne ont accumulé beaucoup de colère et de frustration.  

Une intégration jamais aboutie

Il faut dire que ce n’est pas le premier drame du genre en Israël. En janvier dernier déjà, un ancien soldat d’origine éthiopienne avait été tué. Et en 2015, des émeutes de la communauté éthiopienne avaient déjà éclaté dans plusieurs villes.

Les juifs en provenance d’Ethiopie ont été exfiltrés de leur pays vers Israel à la fin des années 80 lors de trois opérations militaires israéliennes. Mais l’intégration ne s’est pas vraiment effectuée. Ils se sentent discriminés, dans l’accès à l’emploi, à l’éducation, au logement. Et les jeunes en particulier sont nombreux à se dire victimes de "délit de faciès", régulièrement interpellés par la police en raison de leur couleur de peau. C’est un sujet tabou en Israël. Mais les pouvoirs publics seraient bien inspirés de le regarder en face.

Des manifestants éthiopiens, à Haifa (Israël), le 3 juillet 2019.
Des manifestants éthiopiens, à Haifa (Israël), le 3 juillet 2019. (MENAHEM KAHANA / AFP)