L'expulsion d'un Tchétchène par la France inquiète les associations de défense des droits de l'Homme

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Les organisations de défense des droits de l’Homme estiment que l'expulsion de cet homme est contraire au droit international. Les autorités françaises affirment que le ressortissant Tchétchène est fiché S.

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Radio France
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Illustration d'un centre de rétention administrative à Vincennes, le 18 septembre 2019. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

L’expulsion le 9 avril par la France d’un ressortissant tchétchène fiché S provoque des remous. Cet homme, présenté comme un opposant au président Kadyrov, a été renvoyé en Russie puis remis aux mains des Tchétchènes dans la foulée. Pour les associations de défense des droits de l’Homme, son expulsion est contraire aux normes internationales.

Ces associations estiment que la France a violé le principe de non refoulement inscrit dans la convention de Genève. Elles font valoir que renvoyer une personne dans un pays où la torture est pratiquée va à l’encontre du droit international. La Cour nationale du droit d’asile s’était d’ailleurs clairement opposée en mars dernier à son renvoi en Russie, en raison des risques qu’il encourait.

Un homme fiché S par les autorités françaises

Les autorités françaises se retranchent, quant à elles, derrière le fait que cet homme de 36 ans qui vivait en France depuis 2012 était inscrit au fichier des personnes recherchées pour menaces graves pour la sécurité publique, ce qu’on appelle communément les "fichés S". Il se serait rendu à plusieurs reprises en Belgique pour y rencontrer un homme appartenant à la mouvance islamiste tchétchène.

Ceux qui le connaissent affirment ne pas comprendre. Pour eux, Magomed Gadaïev n’a rien d’un terroriste. Mais les autorités françaises ont défini une ligne dure depuis la mort de Samuel Paty, assassiné par un jeune réfugié originaire de Tchétchénie en octobre 2020. C'est tolérance zéro à l’égard de ceux qui sont soupçonnés de radicalisation. Une dizaine de Tchétchènes auraient été expulsés depuis l’année dernière selon le comité Tchétchénie. Deux auraient disparu et huit seraient actuellement incarcérés.

Torturé en prison à Grozny

Cette expulsion est d’autant plus embarrassante que cet homme risque gros en retournant contre son gré en Tchétchénie. Il a combattu les forces russes lors de la seconde guerre de Tchétchénie dans les années 2000, a été arrêté et a passé trois ans en prison à Grozny. À la faveur d’une libération inespérée, il a réussi à rejoindre la Pologne où il a obtenu le statut de réfugié avant de gagner la France, car il se sentait menacé. Magomed Gadaïev a en effet témoigné des actes de tortures pratiqués dans les prisons secrètes tchétchènes. Il y a donc fort à parier que le pouvoir en place à Grozny, incarné par Ramzan Kadyrov, ne lui pardonnera pas.

Le dictateur tchétchène mène une guerre ouverte contre ceux qu’il considère comme des agents de l’étranger. En 2016, il affirmait connaître tous les comptes de ceux qui habitent en Europe, que ce soit sur Facebook, Instagram ou sur les autres réseaux sociaux. "Vous êtes à notre merci", avait-il menacé. De fait, plusieurs meurtres d’opposants ont eu lieu ces dernières années sur le continent européen, y compris en France. On se souvient de ce blogueur de 44 ans retrouvé mort en 2020 dans un hôtel à Lille, une arme blanche à côté de lui. Il dénonçait sur sa chaîne Youtube le régime de Kadyrov. L’expulsion de Magomed Gadaïev vient en tout cas renforcer le sentiment d’insécurité de la communauté tchétchène de France. Aux dernières nouvelles, Magomed Gadaïev serait de nouveau emprisonné en Tchétchénie. Ses avocats comptent utiliser tous les recours possibles pour obtenir son rapatriement. ;

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