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Faut-il boycotter les JO de Pékin 2022 ?

Les JO d'hiver auront lieu dans la capitale chinoise en février l'année prochaine. Plusieurs associations et figures politiques appellent au boycott de ces Jeux "au nom des droits de l'Homme".

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Le logo des J.O de Pékin 2022 (5 février 2021).
Le logo des J.O de Pékin 2022 (5 février 2021). (WANG ZHAO / AFP)

Aux États-Unis, les Républicains ont demandé au Sénat de se pencher sur la question de l'attribution des JO à Pékin. Ils ont introduit un projet de résolution au Sénat pour demander au Comité international olympique (CIO) le retrait des JO d'hiver à Pékin. Dans la foulée, l'ex-ambassadrice à l'ONU, ancienne alliée de Trump et candidate pressentie à la présidentielle de 2024, Nikki Haley a également demandé à son pays de "boycotter ces Jeux", via un tweet sans équivoque. "Entre la brutalité contre les Ouïghours et la propagation du Covid à travers le monde, écrit-elle nous ne devrions pas honorer la Chine de notre présence."

Dans un précédent tweet, la Républicaine affirmait que "ce serait une perte terrible pour nos athlètes, mais il faut mettre ça en perspective avec le génocide en cours en Chine."

180 associations de Défense des droits de l'Homme réclament aussi un boycott. Elles dénoncent le traitement des Ouïghours. La Chine est accusée d'avoir fait interner jusqu'à un million de personnes de cette minorité musulmane, ce que Pékin dément.

La Chine ne veut pas que les JO soient politisés

La Chine juge cet appel au boycott "irresponsable" et purement "politique". Le pouvoir chinois craint une politisation des Jeux, ce qui serait mauvais pour son image et qu’il veut surtout éviter. Il s'efforce de montrer que les préparatifs avancent sans encombre. En janvier, Xi Jinping a visité un chantier affirmant qu'il incombait à la Chine de réussir cette "grande fête" et de rendre ses JO "spéciaux, exceptionnels et uniques".

Et les sportifs dans tout ça ? Très peu ont pris la parole. Leur situation est délicate. Elle est très bien résumée par la championne de ski Mikaela Shiffrin. L'Américaine s’est exprimée sur CNN cette semaine avouant qu'il est difficile pour les athlètes de trouver un "équilibre". "Les Jeux olympiques sont importants. C’est quelque chose que vous visez et vous ne voulez pas les manquer. Mais vous ne voulez certainement pas être mis dans la position de devoir choisir entre les droits de l’Homme, la moralité, et votre travail." 

Une longue histoire de boycotts

Cet appel au boycott est loin d’être isolé dans l’histoire des Jeux Olympiques. Il y en a depuis 1936 et les JO de Berlin. Les plus marquants : 1976, 22 pays africains ne participent pas aux JO de Montréal. En cause, la présence de la Nouvelle-Zélande, équipe qui a participé un peu plus tôt à une tournée de rugby en Afrique du sud, pays qui pratique alors l’apartheid. En 1980, en plein guerre froide, les USA boycottent les JO de Moscou. Quatre en plus tard, en 1984, on ne voit aucun athlète soviétique à Los Angeles. Cette époque est révolue, et pourtant les appels au boycott se poursuivent. A Pékin en 2008 sur le sort du Tibet, à Sotchi en 2014 contre Vladimir Poutine et aujourd’hui pour dénoncer le sort des Ouïghours en Chine.

Pour le spécialiste de la géopolitique du sport, Patrick Clastres, toutes ces contestations liées aux droits de l'Homme minent les Jeux olympiques depuis 13 ans. "Le CIO a subi les foudres des associations, les mécontentements des opinions publiques" qui estiment que cette compétition est chère et qui se posent la question de la durabilité des installations construites pour l’évènement. Une véritable "période noire", qui selon lui, a eu un impact sur le président du CIO, même si rien n'est officiel. "Les boycotts, par ricochet, obligent le Comité international olympique à changer, car ils donnent une mauvaise image et cela peut effrayer les sponsors sans qui il n'y a pas de compétition." La preuve ? Le calendrier des 11 prochaines années décidé sous la présidence de Thomas Bach : les JO d'été auront lieu à Paris (2024), Los Angeles (2028) et Brisbane (2032). Les JO d'hiver auront lieux à Cortina d'Ampezzo en Italie en 2026. Un choix porté sur les démocraties.

Le logo des J.O de Pékin 2022 (5 février 2021).
Le logo des J.O de Pékin 2022 (5 février 2021). (WANG ZHAO / AFP)