Un monde d'avance, France info

En Irak , les revenus du pétrole échappent encore et toujours à la population

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, direction l’Irak qui est redevenu le deuxième producteur mondial de pétrole.

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Des manifestants devant un champ pétrolifère à Al-Qurnah, à une centaine de kilomètres de Bassorah (sud de l\'Irak), le 14 juillet 2018.
Des manifestants devant un champ pétrolifère à Al-Qurnah, à une centaine de kilomètres de Bassorah (sud de l'Irak), le 14 juillet 2018. (HAIDAR MOHAMMED ALI / AFP)

Le pétrole coule de nouveau à flots en Irak. Après trois décennies de chaos politique et de guerre civile, l’Irak vient de redevenir le deuxième producteur de pétrole au monde selon un chiffre officiel de l’Opep, l’organisation des pays exportateurs de pétrole, paru en fin de semaine dernière. L'Irak suit évidemment l'Arabie Saoudite mais se positionne devant l'Iran ou les Émirats arabes unis.

112 millions de barils ont été produits en Irak au mois d'août. C'est deux fois plus qu'il y a 8 ans et trois fois plus qu'il y a 15 ans. Il s'agit, bien entendu, d'une très bonne nouvelle pour les finances du pays après toutes ces années tragiques et un conflit contre le groupe État Islamique qui a coûté une fortune. D'autant plus que le cours du baril est à la hausse : il était de 50 dollars il y a un an, contre 70 aujourd’hui. Au cours actuel, cela représente 7 milliards d’euros par mois pour Bagdad.

Cela devrait continuer, voire s'accroître. En effet, le ministre du pétrole irakien estime que la capacité de production peut encore doubler. Tous les indicateurs économiques sont donc au vert.

La grogne des Irakiens

Néanmoins, la population irakienne n'en voit pas vraiment les retombées. Les 40 millions d'Irakiens s'impatientent : la grogne sociale monte depuis deux mois maintenant. Elle a atteint un nouveau palier depuis ce week-end dans le sud du pays avec des manifestations violentes qui ont déjà fait 6 morts. Ces manifestations se sont déroulées dans la région de Bassorah, qui présente deux particularités : c'est là que se trouve 70% du pétrole irakien et c'est une région chiite, longtemps délaissée par le pouvoir central de Bagdad.

Les manifestants ont notamment coupé l’accès à certains champs pétroliers, comme celui de Ben Omar, parce qu’ils ne voient rien venir de ces retombées économiques : pas d’écoles, pas d’hôpitaux, pas de services publics et pas de réseau d’électricité stabilisé. L'emploi est aussi à la peine : le chômage des jeunes s’élève à plus de 40% selon le FMI, le Fond monétaire international. 

L'Irak, l'un des pays les plus corrompus au monde

Cet argent va en partie dans la poche des compagnies pétrolières étrangères, en particulier américaines et chinoises comme Zenhua Oil ou Orion Gas qui viennent de signer des protocoles d’exploitation sur plusieurs champs pétroliers ces derniers mois. Aussi, ces compagnies étrangères emploient, pour moitié, de la main d'œuvre étrangère.L'argent se retrouve également dans la poche des élites irakiennes. Le pays reste l'un des plus corrompus au monde, selon l'ONG Transparency International et occupe la 169e place de son classement de 180 pays.

Le pays est face à une impasse politique, incapable de se doter d’un gouvernement depuis les élections de mai dernier. Il s'agit là d'un résumé de l'histoire du pays : l'Irak est riche, mais les Irakiens sont pauvres.

Des manifestants devant un champ pétrolifère à Al-Qurnah, à une centaine de kilomètres de Bassorah (sud de l\'Irak), le 14 juillet 2018.
Des manifestants devant un champ pétrolifère à Al-Qurnah, à une centaine de kilomètres de Bassorah (sud de l'Irak), le 14 juillet 2018. (HAIDAR MOHAMMED ALI / AFP)