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En Corée du Sud, un pasteur se voit réclamer 4 millions de dollars pour avoir contribué à propager le Covid-19

Plusieurs responsables religieux sont dans le viseur de la justice sud-coréenne, pour avoir contribué à propager le coronavirus.

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Une opération de police dans le cadre de l\'enquête sur les contaminations dans l\'Église Sarang Jeil, à Séoul, le 21 aout 2020.
Une opération de police dans le cadre de l'enquête sur les contaminations dans l'Église Sarang Jeil, à Séoul, le 21 aout 2020. (YONHAP / EPA/YNA)

Jun Kwang-hoon, c’est son nom, dirige l'Eglise protestante Sarang Jeil, basée dans le nord de Séoul, la capitale sud-coréenne. La municipalité de la ville a annoncé vendredi 18 septembre son intention de le poursuivre au civil pour dommages et intérêts, pour un montant de 4 millions de dollars ! Jun Kwang-hoon se voit reprocher d’avoir organisé plusieurs rassemblements dans le centre de Séoul, notamment le 15 août dernier. Des rassemblements qui semblent avoir largement contribué à une résurgence du coronavirus. Le nombre de nouveaux cas, qui avait chuté à dix par jour début août en Corée du Sud, est remonté à plus de 150 fin août.

Le chef de cette église a lui-même été testé positif, tout comme 15% de ses adeptes. Au total, l’agence coréenne de santé évalue à près de 1 200 le nombre de cas directement liés à l'Eglise Sarang Jeil, dont près de 600 cas de contamination lors du seul rassemblement du 15 août. La municipalité considère que Jun Kwang-hoon est donc responsable, par effet en chaîne, de la prise en charge hospitalière de 640 malades, du financement de nombreuses mesures d’isolement, et de la baisse de fréquentation des transports qui a accompagné cette reprise épidémique. À partir de la mi-août, les autorités sud-coréennes ont été contraintes de reprendre des mesures de confinement.  

Des églises fabriques à clusters

Cette judiciarisation est très révélatrice : en Corée du Sud, plusieurs églises sont dans le collimateur et en particulier une autre : l'Église Shincheonji de Jésus, une église dissidente chrétienne qui a tout d’une secte. Elle revendique plus de 200 000 adhérents et a joué un rôle central dans la propagation du virus sur le sol sud-coréen, au début de l'épidémie en février. Son chef, Lee Man-hee, a été arrêté début août, pour "entrave à la lutte contre le virus et tentative systématique de destruction de preuves". On lui reproche notamment d’avoir maintenu un énorme rassemblement de fidèles en février dans la ville de Daegu. Ce rassemblement a constitué le plus grand foyer épidémique du pays. Les adeptes de cette église représentent à eux seuls un tiers des patients contaminés en Corée. Là aussi des poursuites judiciaires sont engagées depuis plusieurs mois. Cette fois ce n’est pas contre le chef de l’Église en tant que personne, mais contre l’Église en tant qu’institution. La demande est encore plus colossale : 80 millions de dollars de dommages et intérêts.  

377 morts pour 52 millions d'habitants

Globalement, en Corée du Sud, l'épidémie demeure sous contrôle, malgré ces foyers de contaminations liés à certaines Églises. Le bilan s’élève à 377 morts et 22.700 cas. Sur une population totale de 52 millions d’habitants. On est donc loin de la situation en Europe ou sur le continent américain. C’est le résultat d’un dépistage à très grande échelle et d’un traçage extrêmement strict de tous les cas contacts. Le confinement, qui avait donc été en partie rétabli mi-août, est en train de s’assouplir à nouveau. Par exemple, les bars et les salles de sport vont rouvrir normalement à partir du lundi 21 septembre. Mais il devrait quand même y avoir beaucoup de restrictions pour les déplacements massifs qui se déroulent habituellement lors de la fête des moissons, prévue fin septembre.    

Une opération de police dans le cadre de l\'enquête sur les contaminations dans l\'Église Sarang Jeil, à Séoul, le 21 aout 2020.
Une opération de police dans le cadre de l'enquête sur les contaminations dans l'Église Sarang Jeil, à Séoul, le 21 aout 2020. (YONHAP / EPA/YNA)