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En Chine, la Grande Muraille est devenue numérique

Toute cette semaine, 30 ans après la chute du mur de Berlin, un regard sur les autres murs dans le monde. En Chine, la célèbre Grande Muraille a changé de nature : elle est devenue informatique.

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La Grande Muraille de Chine, à Huairou, le 20 février 2018.
La Grande Muraille de Chine, à Huairou, le 20 février 2018. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Quelques mots d’abord, sur la Grande Muraille en elle-même. Parce que cet édifice demeure la plus grande construction de l’histoire de l’Humanité. Et le premier mur de l’Histoire : les travaux ont débuté deux siècles avant Jésus Christ, avant même le célèbre mur d’Hadrien des Romains. La construction s’est étalée sur près de 2 000 ans et on estime qu’au total, près de 20 000 kms de mur ont été édifiés au fil des dynasties. Des millions d’ouvriers y ont laissé la vie. Selon les périodes, la vocation était soit militaire (se protéger des invasions venues du Nord), soit commerciale : c’est aussi une route qui a favorisé les échanges. En moyenne, le mur fait sept mètres de haut et cinq mètres de large. Aujourd’hui, la plus grande partie est à l’abandon, très mal entretenue. Cela dit, elle reste un symbole de puissance pour la Chine, et un site touristique majeur : plus de 15 millions de visiteurs chaque au nord de la capitale.  

Un internet en vase clos

Depuis, la vraie grande muraille chinoise est devenue numérique et en ce sens, la Chine est l’incarnation du XXIe siècle : elle a bâti un mur d’un nouveau type, non pas physique, mais informatique. Le pouvoir chinois juge ceci beaucoup plus efficace... Les 800 millions d’internautes chinois, vivent, dans leur immense majorité, en vase clos. Ce n’est pas un internet, c’est un intranet, coupé du monde extérieur par un "Firewall" géant, que les autorités de Pékin appellent d’ailleurs "le bouclier doré". Impossible, ou quasi impossible en Chine, d’utiliser Google, Facebook, What’s App, Skype ou Telegram. Impossible, aussi, d’accéder à de nombreux sites d’information occidentaux : la BBC, le New York Times, Radio France Internationale. Il est très compliqué d’utiliser un VPN, un réseau virtuel qui permet de contourner la censure. Des logiciels de contrôle limitent les fournisseurs d’accès, des dizaines de milliers de robots et de cyberpoliciers surveillent la Toile en permanence. Résultat : sur le Net chinois, la répression de Tien An Men en 1989 n’existe tout bonnement pas. Et les documents en provenance de Hong Kong ou de Taiwan sont difficiles à trouver.

La surveillance généralisée

La Grande Muraille est donc bien réelle et elle permet aussi au pouvoir chinois de surveiller la population: la muraille numérique est moins une protection contre l’extérieur qu’un enfermement de ceux qui sont à l’intérieur. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire : contrôle systématique des réseaux sociaux, surveillance permanente des dissidents et des journalistes. Et surtout, cela se traduit par ce projet gigantesque de "crédit social" via la reconnaissance faciale. Cela s’appelle le Shehui Xinyong Fixi. Il a été lancé Il y a cinq ans et se développe progressivement de villes en villes. Vous êtes filmé partout dans l’espace public, et on vous accorde des points en fonction de votre comportement. Si vous êtes noté A, vous pouvez vous déplacer librement ou emprunter à la banque. Si vous êtes noté D, vous ne pouvez plus faire grand-chose. Tout ceci derrière la Grande Muraille.   

La Grande Muraille de Chine, à Huairou, le 20 février 2018.
La Grande Muraille de Chine, à Huairou, le 20 février 2018. (VINCENT ISORE / MAXPPP)