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Élections européennes : la Grèce voit l'Europe comme un mal nécessaire

Toute la semaine, un regard sur la campagne électorale des européennes chez nos voisins. Après la Pologne lundi, direction la Grèce, où l’Europe est regardée comme indispensable et nuisible à la fois.

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Un drapeau européen devant le parlement grec, en juillet 2015. 
Un drapeau européen devant le parlement grec, en juillet 2015.  (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

C'est un chiffre révélateur : dimanche 26 mai, 60% des dix millions d’électeurs grecs pensent aller voter aux élections européennes. À première vue, on se dit que c’est beaucoup, c’est au-dessus de la moyenne européenne, mais en fait c’est très peu car le vote est obligatoire en Grèce. Autrement dit, quatre Grecs sur dix vont sans doute préférer payer une amende plutôt que de participer au scrutin.

Après dix années de crise financière, il y a toujours beaucoup d’amertume dans la relation des Grecs à l’Europe. Ils seront donc nombreux à bouder les urnes. Leur relation avec l'UE est complexe et paradoxale. L’appartenance à l’Union est perçue comme indispensable. Et le sentiment de citoyenneté européenne a plutôt progressé. Cependant Bruxelles est regardée comme la source de tous les maux économiques, le responsable principal de toutes les politiques d’austérité qui ont imposé les baisses répétées des salaires et des retraites.  

L'opposition de droite largement favorite

La campagne a porté d’abord sur les questions économiques et à ce jeu-là, comme souvent, c’est l’opposition qui gagne. Nouvelle Démocratie, le grand parti de droite, bénéficie d’une avance confortable dans les sondages avec 35% d’intentions de vote. Dimanche 26 mai au soir, la Grèce sera sans doute l’un des rares pays européens où la droite traditionnelle aura progressé en sièges. En face, Syriza, le parti de centre gauche du premier ministre Alexis Tsipras, est crédité de 26% des intentions de vote, dix points derrière.

Dans l’esprit de nombreux Grecs, Syriza a cédé devant les exigences européennes et a fait les mauvais choix. Rappelons que le produit intérieur brut de la Grèce a baissé de 25% en 20 ans. Le chômage atteint 19%, dont 40% chez les jeunes. La pauvreté touche un Grec sur trois. Et près de 400 000 personnes ont fui le pays. Désormais la croissance repart timidement, elle atteint 2%, le pays dégage aussi un surplus budgétaire mais il est quand même endetté pour 40 ans. Rien d’étonnant donc à ce que les sujets économiques soient primordiaux.

L'extrême droite en recul

C’est un paysage politique dont on se dit qu’il pourrait profiter à l’extrême droite, mais ce n’est pas le cas. Tout est réuni sur le papier pour une progression de l’extrême droite, d’autant qu’après l’économie, la deuxième préoccupation des Grecs est l’immigration. Le flux migratoire s’est tari entre la Turquie et la Grèce mais le pays compte encore près de 100 000 migrants en situation irrégulière. Pour la plupart, ils vivent dans des camps sur les îles grecques, dans des conditions parfois très précaires. Et pourtant, l’extrême droite ne progresse pas : le mouvement Aube Dorée est annoncé autour de 7%, plutôt en recul par rapport aux dernières élections européennes. Est-ce le souvenir de la dictature des colonels dans les années 70 ? Toujours est-il que l’extrême droite ne parvient pas en Grèce à capitaliser sur les difficultés économiques et sur la question des migrants.  

Un drapeau européen devant le parlement grec, en juillet 2015. 
Un drapeau européen devant le parlement grec, en juillet 2015.  (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)