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De plus en plus de femmes et de diplômés parmi les migrants

Les migrants ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit, concluent deux rapports de l’OCDE et de l'Agence française de développement.

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Une femme à la frontière mexicaine. Le Mexique est le premier pays d\'origine des immigrants vers les pays de l\'OCDE.
Une femme à la frontière mexicaine. Le Mexique est le premier pays d'origine des immigrants vers les pays de l'OCDE. (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

On est loin de la caricature qui ferait du migrant un homme jeune et sans le sou, une sorte de va-nu-pieds des temps modernes. Les statistiques publiées mardi 11 juin recensent tous les chiffres d’entrée dans les 36 pays industrialisés de l’OCDE entre 2000 et 2016. Les conclusions de deux rapports de l’OCDE et de l'Agence française de développement sont frappantes.

D’abord, les exilés sont désormais majoritairement des femmes : 52% du total des migrants. Ensuite, les diplômés de l’enseignement supérieur sont donc devenus la catégorie la plus représentée : 35% du total, contre seulement 30% pour ceux qui n’ont aucune formation, même du secondaire. C’est une évolution majeure. Et ça vaut aussi pour le continent le plus pauvre qu’est l’Afrique : 30% des migrants africains sont diplômés du supérieur.

Deux raisons à cette évolution : la pratique de l’émigration sélective en Europe et aux États-Unis dissuade les plus démunis de tenter leur chance, et le coût souvent prohibitif du voyage - plusieurs milliers d’euros - est inaccessible pour les personnes sans emploi.

Enfin, dernier cliché battu en brèche par ce rapport : les plus jeunes de moins de 25 ans ne représentent qu’une petite minorité des migrants (10%) alors qu’ils constituent la majorité de la population des pays les plus pauvres.

Une hémorragie des élites dans les pays les plus pauvres

Il y aussi des évolutions marquantes quant aux pays d’origine des migrants. En tête, pas de surprise, c’est toujours le Mexique, et son émigration massive : 12 millions de personnes, vivant essentiellement aux États-Unis. Mais après, c’est plus étonnant : on trouve désormais la Chine et l’Inde, qui comptent près de 5 millions d’émigrés dans les pays de l’OCDE. Autre évolution : plusieurs pays de l’Europe de l’Est voient leur population fuir. C’est le cas de la Pologne et plus encore de la Roumanie, avec une émigration en hausse de 200% en 15 ans.

Là encore, contrairement aux idées reçues, le nombre des migrants en provenance d’Afrique a plutôt augmenté moins vite que la moyenne mondiale.Il est aussi intéressant de croiser ce paramètre des pays d’origine avec le niveau de diplôme. On s’aperçoit que certains petits pays subissent une fuite des cerveaux : par exemple au Guyana, en Amérique du Sud, plus de 70% des diplômés du supérieur s’exilent à l’étranger. Les taux sont également très élevés en Haïti, en Jamaïque, au Liberia et à l’île Maurice en Afrique, en Albanie et en Bosnie en Europe.

La part de la France comme pays d'accueil est en recul

Côté pays d’accueil, les États-Unis sont toujours en tête assez nettement. Mais la France recule : 3e pays d’accueil en l’an 2000, 5ème aujourd’hui, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, et désormais talonnée par l’Australie, l’Italie, l’Espagne.

Même si le nombre d’immigrés a augmenté en France, notre pays, en proportion du volume mondial, accueille donc moins de migrants qu’il y a 20 ans. Exemple : en l’an 2000, 4 migrants africains sur 10 se dirigeaient vers la France, aujourd’hui ils ne sont plus que 3 sur 10.

Une femme à la frontière mexicaine. Le Mexique est le premier pays d\'origine des immigrants vers les pays de l\'OCDE.
Une femme à la frontière mexicaine. Le Mexique est le premier pays d'origine des immigrants vers les pays de l'OCDE. (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)