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Aux Pays-Bas s'ouvre un procès hors norme pour un baron de la drogue

Dans le box de la cour, à Amsterdam, à partir du 6 mars, Ridouan Taghi, accusé de trafic de drogue, et surtout d’avoir commandité l’assassinat de neuf personnes.

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L\'entrée de la prison de haute-sécurité de Vught, aux Pays-Bas, où Ridouan Taghi est incarcéré.
L'entrée de la prison de haute-sécurité de Vught, aux Pays-Bas, où Ridouan Taghi est incarcéré. (ROBIN UTRECHT / ANP)

Il s’appelle Ridouan Taghi. Il est incarcéré dans une prison de haute sécurité, Vught, sorte d’Alcatraz des Pays-Bas. Et des mesures exceptionnelles sont prises pour le début de son procès devant la Cour d’Amsterdam Osdorp. Taghi, qui est âgé de 42 ans, ne viendra sans doute pas, il a refusé de comparaître, mais la seule évocation de son nom fait peur à beaucoup. Il est accusé de trafic de drogue, et surtout d’avoir commandité l’assassinat de neuf personnes. Du coup, les avocats de l’un des témoins à charge, un ancien complice de Taghi, aujourd’hui repenti, ont été autorisés à plaider de façon anonyme. Soit par vidéo conférence. Soit en se présentant à l’audience maquillés et dissimulés, pour éviter qu’ils soient reconnaissables. Ils craignent tout simplement les représailles. Cela donne une idée... Et ils ont bien raison de se méfier : l’un des avocats précédents, Derk Wiersum, a été abattu en pleine rue il y a quelques mois. Taghi est soupçonné d’être le commanditaire.    

Aussi sanguinaire que Toto Riina

La presse néerlandais présente Taghi comme le Toto Riina des Pays-Bas, en référence au parrain historique de la Mafia en Italie dans les années 1980 et 1990. Les deux hommes ont en effet des points communs. D’abord, il y a le côté sanguinaire. Taghi aime la violence. Dans un message à l’un de ses acolytes, que la police a réussi à intercepter, il écrit "J’ai besoin de sang". Dans un autre message, après un assassinat, il écrit "Youpi". Et il a surnommé son cercle rapproché "les anges de la mort". On lui attribue donc plusieurs assassinats, et aussi des attentats contre deux journaux néerlandais, Panorama et De Telegraaf, qui enquêtaient sur lui. Ensuite, comme Riina, il a longtemps échappé à la police. Fils d’émigrés marocains, il a débuté dans des petits trafics aux Pays-Bas avant de gravir les échelons de la pègre, en particulier dans le trafic de drogue. Et il est peu à peu devenu l’ennemi public numéro un aux Pays-Bas. Pendant plusieurs années, il a échappé à la police, avant d’être finalement arrêté en décembre dernier, à Dubaï, aux Emirats Arabes Unis, grâce à un mandat d’arrêt international. Il s’était planqué dans une luxueuse villa de Dubaï dont il ne sortait plus.   

Un tiers du trafic de cocaïne en Europe

Il dirigeait donc une plaque tournante du trafic de drogue en Europe : les policiers estiment qu’un tiers du trafic de cocaïne en Europe, passait par son organisation. Taghi en aurait lui-même tiré un profit personnel de l’ordre de 100 millions d’euros. Son réseau était constitué essentiellement de descendants d’émigrés marocains, possédant la double nationalité, marocaine et néerlandaise. Et il négociait directement avec les cartels de Colombie. Son bras droit, Saïd Razzouki, a d’ailleurs été arrêté à son tour, il y a un mois, à Medellin en Colombie. On comprend mieux pourquoi Ridouan Taghi, même derrière les barreaux, continue de faire peur à beaucoup de monde.

L\'entrée de la prison de haute-sécurité de Vught, aux Pays-Bas, où Ridouan Taghi est incarcéré.
L'entrée de la prison de haute-sécurité de Vught, aux Pays-Bas, où Ridouan Taghi est incarcéré. (ROBIN UTRECHT / ANP)