Au Salvador, une ville tenue par les gangs est assiégée par les forces de l'ordre

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Le président de ce petit Etat d'Amérique centrale a déclaré une véritable guerre aux gangs depuis le mois de mars. Et ça donne lieu à une scène étonnante dans la grande banlieue de la capitale.

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Radio France
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Des soldats escortent des personnes capturées lors d'une opération contre des membres de gangs à Soyapango, au Salvador le 3 décembre dernier.
 (MARVIN RECINOS / AFP)

La ville de Sopayango, la deuxième ville du pays (près de 400 000 habitants) est littéralement assiégée par la police et l’armée, comme dans une guerre ou comme dans une scène médiévale. En ce début décembre, 10 000 hommes au total (armée et police) ont été déployés pour bloquer les 40 points d’accès à la ville, qui est située dans la banlieue Est de la capitale San Salvador. Les images, que le président Nayib Bukele a publiées sur son compte Twitter, sont assez impressionnantes. Le déploiement de force est massif. Et les forces de l’ordre avancent rue par rue et fouillent les domiciles un par un avec l’appui de drones pour repérer d’éventuels fuyards.

Au Salvador, ce pays de 6 millions et demi d’habitants grand comme une région française, les gangs, les maras, règnent en maîtres depuis longtemps en particulier dans cette ville de Sopayango, tenue par le Barrio 18, l’une des deux principales bandes du pays, avec la Mara Salvatrucha. Depuis que l’opération a débuté il y a 48 heures, 140 personnes ont déjà été arrêtées, dont l’un des hommes les plus recherchés du pays, Alexander Pineda, surnommé Lazy, "le paresseux". Et le ratissage rue par rue va se poursuivre tout le temps qu’il faudra, ajoute le président Bukele.  

58 000 arrestations

C'est donc le dernier épisode d’une offensive générale contre les gangs débutée au mois de mars ; après 87 assassinats en quelques jours, le jeune président du Salvador a décidé que ça suffisait. Et il s’est lancé dans une guerre ouverte contre les maras. Depuis 58 000 membres présumés des gangs ont été arrêtés. Cela fait 1% de la population. Une personne arrêtée sur six est une femme. Des milliers d’armes à feu et des millions de dollars ont également été saisis. Une énorme prison de 40 000 places est en construction. Les peines pour appartenance à un gang ont été portées de 9 à 45 ans ! Et certaines pierres tombales de membres de maras disparus sont même détruites délibérément par la police pour éviter qu’elles deviennent des lieux de pélèrinage. Le pouvoir entend démanteler totalement les maras, dont le nombre de membres est estimé à plus de 70 000. Ces groupes, très liés au trafic de drogue, ont fait du Salvador l’un des pays les plus violents au monde.

Depuis qu’il a lancé cette politique, le président du Salvador Nayib Bukele est devenu très populaire avec un taux d’approbation qui approche les 80%. Tout simplement parce que la criminalité a baissé. Mais la médaille a son revers : arrestations arbitraires, méthodes expéditives, morts de détenus. Toutes les ONG de défense des droits de l’homme (Amnesty, Human Rights Watch) dénoncent une détérioration de la situation et des violations répétées des droits. Arrivé au pouvoir avec une image très "cool" (il portait volontiers jeans, casquette et blouson de cuir), Nayib Bukele a basculé dans l’autoritarisme. Dans son rapport annuel sur l’état de la démocratie dans le monde, publié la semaine dernière, l’institut suédois IDEA classe le Salvador parmi les pays où la démocratie est en recul, au même titre que la Hongrie ou le Brésil.  

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